Un homme, une équipe

Arnaud Tresca accompagne les entreprises sur le marché « high yield »

le 11/12/2014 L'AGEFI Hebdo

En quelques années, la petite équipe a hissé BNP Paribas dans le Top 5 des établissements teneurs de livres sur le marché de la dette à haut rendement.

Arnaud Tresca accompagne les entreprises sur le marché « high yield »
Jorgen Fritzner, analyst - Kirshnee Moodley, director - Thibault de Kerizouet, director - Pierre-Francois Martineau, vice president - Paul Emmanuel Saltre, analyst - Pietro Raguso, director - Jeremy Chee, analyst - Vicky Sham, associate - Arnaud Tresca, managing director - Absents : Pavel Koval, director - Marc-Henri Bellier, associate - Jean-Baptiste Masselin, associate
(Elisabeth Blanchet)

Secteur bancaire vacillant, émissions à l’arrêt, réduction de la voilure et attrition des équipes… Lorsqu’au début de l’année 2009, Arnaud Tresca prend la tête de l’activité « high yield » de BNP Paribas, rien ne laisse présager le développement spectaculaire du marché de ces deux dernières années. Entre l’été 2007 et la fin 2008, aucune entreprise n’a réussi à placer la moindre dette à haut rendement en Europe, le marché est fermé et l’équipe d’origination londonienne de BNP Paribas est devenue un binôme. A la tête d’un champ de ruines, Arnaud Tresca veut pourtant y croire. « C’était une période sans précédent, traumatisante pour l’ensemble des intervenants, mais je n’ai jamais eu aucun doute sur la faculté du marché à rebondir », assure-t-il.

Rétrospectivement, la posture peut paraître un peu facile. Qu’importe. Cinq ans après, l’idée défendue auprès du management de l’époque de conserver une petite cellule de veille peu coûteuse sur le high yield – lui-même et Thibault de Kerizouet, désormais director en charge de la couverture des entreprises françaises – s’est révélée payante. « Le marché a retrouvé ses niveaux d’émission d’avant-crise dès 2009 et s’est envolé depuis », résume Arnaud Tresca. Sur le marché primaire européen, les volumes (toutes devises confondues) sont passés d’un peu plus de 30 milliards d’euros en 2009, à 60, puis 88 milliards en 2012 et 2013. Et cette année, pas loin de 100 milliards d’euros de dette high yield ont été émis (à fin novembre) par les entreprises européennes. Quant à l’équipe, elle s’est réétoffée. Organisée en cinq binômes qui se répartissent la couverture des différentes zones géographiques, elle est à la fois « multiculturelle, jeune, ambitieuse, dynamique et consciente de ses responsabilités vis-à-vis des clients », selon Arnaud Tresca. « Il s’agit d’une petite équipe, très souple, peu hiérarchisée et très motivée », renchérit Thibault de Kerizouet.

En quelques années, BNP Paribas s’est hissée dans le Top 5 des établissements arrangeurs d’emprunts obligataires high yield. « Nous sommes la seule banque européenne à avoir atteint ce niveau sans avoir acquis un établissement américain », indique Arnaud Tresca, faisant allusion à l’acquisition de Bankers Trust par Deutsche Bank en 1998 et à celle de Lehman Brothers par Barclays dix ans plus tard. En France, cette année, la banque s’est en particulier illustrée comme « left-lead bookrunner » (banque chargée de coordonner, de préparer et de placer l’emprunt obligataire) sur les émissions de CGG (400 millions d’euros), de Labeyrie (275 millions d’euros), de Darty (250 millions d’euros) et de SNF Floerger (100 millions d’euros). 

La relation client primordiale

« Depuis cinq ans, nous sommes constamment en flux tendu, ce qui est exigeant pour les équipes », confie ce père de quatre enfants, qui reconnaît ne pas avoir d’horaires et devoir travailler régulièrement le soir et le week-end. La rançon du succès pour ce pur « produit maison », qui n’a plus quitté BNP Paribas depuis février 1997, date à laquelle il a débuté son CSNE au bureau de New York, son diplôme d’ingénieur de l’Ecole nationale supérieure d’arts et métiers et son master en finance de l’Essec en poche. « Ce que j’apprécie tout particulièrement dans ce métier, c’est sa variété et son intensité, surtout lorsque le marché est en ébullition. Ainsi, lorsque nous exécutons une transaction, nous avons la pression du calendrier car plus l’opération met du temps à sortir, plus le risque de marché pris par l’entreprise est grand », rapporte-t-il.

Les douze professionnels qui composent l’équipe high yield travaillent tous dans la même rangée de la salle des marchés londonienne de BNP Paribas. « C’est tout sauf un travail de bureau », souligne Kirshnee Moodley, l’une des quatre directors de l’équipe. « Lorsque vous arrivez le matin, vous ne savez jamais de quoi votre journée sera faite », explique cette Sud-Africaine qui travaille à Londres depuis huit ans. D’abord chez Deutsche Bank, elle a rejoint BNP Paribas en octobre 2007. Dans l’équipe high yield, elle est en charge avec Vicky Sham (de Hong Kong) de la zone Royaume-Uni, Allemagne, Suisse. « La relation client est au cœur de notre métier : beaucoup d’entreprises que nous suivons n’ont encore jamais testé les marchés publics », signale Thibault de Kerizouet. « Entre le moment où nous commençons à suivre une entreprise et la première émission obligataire, il peut se passer six mois mais aussi dans certains cas plusieurs années », ajoute Kirshnee Moodley.

« La qualité de la relation et du conseil est essentielle pour gagner des mandats car le ‘high yield’ n’est pas un produit sur lequel les banques utilisent leurs bilans pour se différencier. La justesse du conseil est d’autant plus importante que, dans certains cas, la réussite d’une opération peut avoir un impact majeur sur le développement futur de la société, expose Arnaud Tresca. Plus généralement, l’émission d’une obligation ‘high yield’ n’est pas une simple opération de refinancement mais le reflet de choix stratégiques industriels et financiers. Ainsi, de nombreuses opérations servent à financer des acquisitions, d’autres à stabiliser un bilan dans un bas de cycle opérationnel, voire même à payer un dividende aux actionnaires. » Ainsi, l’émission de 590 millions d’euros (libellée en euros et en dollars) réalisée par Constellium en mai a donné les moyens à la société contrôlée par Apollo de réaliser des acquisitions aux Etats-Unis.

Une émission obligataire high yield coûte plus cher à une entreprise qu’un prêt bancaire, mais « elle bénéficie de ‘covenants’ (clause qui, en cas de non-respect des objectifs, peut entraîner le remboursement anticipé du prêt, NDLR) beaucoup plus souples, présente une maturité plus longue et permet de diversifier les sources de financement, ce que plus aucune entreprise ne peut se permettre d’ignorer depuis 2007-2008 », remarque le responsable de l’équipe high yield.

Reste à savoir comment l’organisation va évoluer à partir de l’année prochaine. BNP Paribas réfléchit en effet à la réorganisation de sa banque d’investissement et en particulier de sa plate-forme de dette. « Actuellement, au quotidien, nous collaborons avec les équipes ‘media-telecom’, ‘leveraged finance’, ‘financement d’acquisition corporate’, ainsi que l’ensemble des banquiers ‘coverage’ », décrit Arnaud Tresca. Mais cette organisation en silos n’est pas idéale pour la banque. Les banquiers seniors qui assurent le coverage ont en effet tendance à pousser la solution loan quand l’équipe high yield, elle, défend une solution alternative. « La banque prévoit de capitaliser sur la réorganisation, récemment annoncée, de son pôle ‘corporate and investment banking’ pour rapprocher davantage ses différentes équipes de financement », avance Arnaud Tresca.

Arnaud Tresca
L’émission d’une obligation ‘high yield’ n’est pas une simple opération de refinancement mais le reflet de choix stratégiques industriels et financiers
Son parcours

Arnaud Tresca, 41 ans.

Managing director responsable de l’origination high yield en Europe chez BNP Paribas. Ecole nationale supérieure d’Arts et Métiers, master en finance de l’Essec.

1997 : rejoint l’équipe de leveraged finance de BNP Paribas à New York. Responsable de l’évaluation des opérations de LBO sur le marché des moyennes entreprises (middle maket). Participe à la création de l’équipe high yield.

2001 : participe à la création de l’équipe high yield de BNP Paribas à Londres et en prend la responsabilité en 2009.

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