Fintech, une forme d’urgence à recruter

le 17/09/2020 L'AGEFI Hebdo

Malgré le contexte économique et sanitaire, les start-up de la finance continuent d’embaucher pour accompagner leur croissance.

Fintech, une forme d’urgence à recruter

« Le Covid-19 a eu un léger impact sur notre politique de recrutement et n’a fait que retarder légèrement notre planning d’intégration de nouveaux collaborateurs. Depuis le mois de janvier, nous avons embauché 35 collaborateurs et une dizaine devrait encore nous rejoindre d’ici à la fin de l’année. » DRH de Lemonway, la start-up spécialisée dans les solutions de paiement BtoB qui emploie aujourd’hui 94 salariés, Audrey Toussaint résume le sentiment général : la crise sanitaire ne semble pas avoir freiné les ambitions de croissance des fintech tricolores.

Il faut dire que dans cet écosystème, les stratégies de recrutement sont davantage dirigées par les levées de fonds que par la conjoncture économique ou sanitaire. Le néo-assureur Luko a ainsi pu financer le doublement de ses effectifs grâce aux 20 millions d’euros collectés en novembre 2019. Tous ces recrutements visent à structurer les équipes et à accompagner une croissance du business. « Chaque mois, notre activité progresse de 15 % à 20 %, note sa DRH Stella Walter. Il y a donc pour nous une forme d’urgence à recruter afin de pouvoir absorber le flux des nouveaux clients. » Ces derniers mois, l’entreprise, qui comptera plus de 85 collaborateurs à la fin de l’année, s’est donc renforcée sur trois grands postes opérationnels : la relation client, la gestion des sinistres et les développeurs.

Dans les fintech ayant déjà bouclé plusieurs levées de fonds, les plans de recrutement ont aussi vocation à soutenir le développement à l’international. « Même si c’est surtout en France et aux Etats-Unis que nous avons le plus de besoins, nous embauchons aussi dans tous les pays où nous sommes présents : Mexique, Brésil, Royaume-Uni, Espagne, Allemagne, Singapour et Japon », confirme Nathalie Parent, DRH de Shift Technology. Cet éditeur de solutions de détection de fraude par l’IA (intelligence artificielle)a enregistré pas moins de 150 nouvelles recrues en 2019, après avoir levé 53 millions d’euros en mars de la même année.

Les apports en capitaux permettent enfin d’étoffer les équipes dirigeantes. Lemonway a ainsi attiré dans ses filets Romain Milecki, 32 ans, nommé head of operational excellence en janvier dernier. « J’étais rattaché au directeur général de N26 France à Berlin comme ‘strategy & operations manager’  lorsque Jérémy Ricordeau, CFO* et COO* de Lemonway, avec qui j’avais travaillé sur un projet de partenariat, m’a contacté, raconte ce diplômé de Supelec et de l’Imperial College Business School de Londres. La perspective de rentrer à Paris et de contribuer à la croissance d’une des fintech tricolores les plus prometteuses m’a convaincu d’accepter. »

Disruptif et multiculturel

Pour tirer leur épingle du jeu sur un marché de l’emploi où elles sont concurrencées par les entreprises de la tech et de la finance, ces jeunes pousses pratiquent nativement le multicanal. Pour Audrey Pedro, 32 ans, qui officie depuis deux ans comme product lead chez Shift Technology, la connexion s’est faite suite à un « like » sur un article rédigé par Marcel Gordon, VP product de Shift Technology, sur le métier de product manager. « Deux jours plus tard, il m’a envoyé un message m’expliquant qu’il était en train de monter une équipe et qu’il souhaitait me rencontrer, se souvient cette ingénieur de Télécom Bretagne. J’avoue que la perspective de rejoindre une équipe dirigée par quelqu’un qui a travaillé pendant dix ans chez Google a pesé dans la balance. »

Pour attirer les candidats, les fintech misent sur leur ADN. « Ce que nous leur vendons, c’est la possibilité d’intégrer une entreprise disruptive et multiculturelle, avec un environnement hautement collaboratif qui leur permettra d’apprendre vite et d’avoir un réel impact », note Tamara Lora, DRH de Kantox, éditeur de logiciels spécialisés dans la gestion du risque de change. Des arguments qui ont fait mouche auprès de Thibaud Fusade, 28 ans, qui a rejoint le bureau de Barcelone comme senior FX specialist en juillet 2019, après avoir travaillé dans un cabinet d’analyse et de valorisation d’actifs. « Chez Kantox, j’ai la chance de pouvoir faire le job d’un ‘partner’, assure-t-il. Après avoir effectué la prospection, l’analyse financière et le ‘pricing’, je pilote la mise en œuvre de la solution la plus adaptée. Je reste également le contact privilégié du client tout au long de la vie du contrat. Si j’avais rejoint une banque d’affaires, j’aurais été cantonné à des tâches d’analystes sans jamais voir un client. »

Les fintech investissent enfin dans des politiques RH innovantes. « Chez nous, 15 % des effectifs étaient déjà en télétravail bien avant la pandémie, note Stella Walter. Nous offrons également des options d’achats d’actions gratuites à l’ensemble des salariés, avec des montants réellement significatifs. » La jeune pousse est également en train de tester un dispositif de congés illimités et a été parmi les premières à déployer le congé paternité d’un mois. « Nous sommes en outre très engagés sur les questions sociétales, environnementales et éthiques, ajoute Stella Walter. Nous avons obtenu l’an dernier le label Bcorp, et reversons une partie de nos bénéfices à des associations choisies par nos souscripteurs. Cet engagement est un levier de fidélisation très puissant pour nos collaborateurs. »  
 

*CFO : ‘chief financial officer’ ; COO : ‘chief operating officer’.

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