La parole à… Thomas de Ricolfis, chef de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF)

«Nous luttons contre le sentiment d’impunité»

le 25/10/2018 L'AGEFI Hebdo

Thomas de Ricolfis, chef de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF)

Qu’est-ce que l’OCLCIFF ?

L’Office a été créé en 2013 suite à l’affaire Cahuzac, ce qui a permis non seulement de doubler les effectifs par rapport à la division préexistante, mais aussi d’avoir un positionnement interministériel. Une moitié de mes effectifs lutte contre la délinquance fiscale et l’autre moitié contre la corruption et la criminalité financière. Au total, nous sommes environ 90 policiers et inspecteurs des finances publiques enquêteurs.

Combien d’enquêtes menez-vous chaque année ?

Nous en traitons environ 350. En termes de répartition, cela représente à peu près 200 affaires en fraude fiscale (Cahuzac et Bettencourt, par exemple), entre 80 et 90 en corruption (Société Générale, HSBC, financement Libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy et Airbus...). Le solde revient à la section financière nationale, qui couvre le droit pénal des affaires et le financement illicite de la vie politique (affaires Fillon et attachés parlementaires du Modem).

Comment vous êtes-vous spécialisé en finance ?

Je suis rentré dans la police par intérêt pour l’investigation, l’enquête judiciaire, la procédure pénale. Après mon école, j’ai intégré les affaires économiques et financières comme chef de section. Après avoir goûté à la matière financière, je l’ai trouvé passionnante. Même si le métier est celui de policier, il faut aussi s’intéresser au sujet pour poser les bonnes questions, échanger avec les experts et obtenir des résultats tangibles.

Quelle est la différence avec la police plus classique ?

En matière de droit commun, l’infraction trouble l’ordre public et apparaît clairement aux yeux de tous. En matière financière, l’abus de biens sociaux ou un délit d’initié ne se trouve pas au coin de la rue. Ce sont souvent des délits dénoncés par la presse, des autorités de contrôle ou des victimes d’agissements, comme une nouvelle direction d’entreprise qui se rend compte que la comptabilité a été maquillée. Enfin, la police en général lutte contre le sentiment d’insécurité. Nous luttons de notre côté contre le sentiment d’impunité afin de faire respecter le pacte républicain.

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