La parole à Jérôme Rusak, associé au sein du cabinet de conseil en stratégie Day One

« Ne penser qu’à travers l’outil, c’est rater sa digitalisation »

le 12/04/2018 L'AGEFI Hebdo

Jérôme Rusak, associé au sein du cabinet de conseil en stratégie Day One : « Ne penser qu’à travers l’outil, c’est rater sa digitalisation »

 

Votre étude sur le cabinet d’avocats d’affaires du futur rapporte que la digitalisation va encore davantage se structurer d’ici trois à cinq ans. Concrètement, où en sont les avocats d’affaires ?

Nous pouvons remarquer trois approches différentes : une approche a minima où les cabinets font des tests en s’appuyant sur des partenariats avec des start-up, le développement d’un plan de digitalisation structuré dans le cadre d’un vrai projet d’entreprise, comme la mise en place d’un comité d’innovation, et enfin une approche intégrant réellement la legaltech dans la chaîne de production de valeur de la firme. Le problème, actuellement, c’est que certains cabinets réfléchissent encore davantage à l’outil qu’au process, alors que la digitalisation passe également par une refonte de l’organisation en interne et de la relation client. Ne penser qu’à travers l’outil, c’est rater sa digitalisation. L’étude démontre par exemple qu’aujourd’hui, un cabinet sur quatre a investi pour mettre en place un outil de CRM ; cependant les associés l’utilisent peu, souvent en raison d’une faible appétence pour le partage de leurs données clients.

Comment expliquez-vous les réticences tenaces sur ces nouvelles technologies ?

C’est une méfiance qui est très liée au métier même de l’avocat, profondément libéral. Cela s’observe surtout au sein des cabinets français, plus individualistes que les anglo-saxons qui, eux, essayent de développer leur marque.

Comment leur digitalisation va-t-elle évoluer ?

Les cabinets vont continuer à se structurer, mais il leur faudra monter une équipe ad hoc s’ils veulent mener à bien un projet de digitalisation. Leur business model sera également revu par rapport aux taux horaires, ce qui va accélérer le passage vers une facturation basée sur la valeur ajoutée. Enfin, de plus en plus de cabinets anglo-saxons créent des structures parallèles dédiées à l’innovation ou au conseil, qui leur permettent de rentrer également dans l’entreprise sous le prisme organisationnel. Je pense que ce mouvement va se poursuivre.

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