Etre banquier et cultiver de jeunes pousses

le 07/07/2016 L'AGEFI Hebdo

Accompagner les start-up demande des compétences financières et de savoir déceler les hauts et les bas que connaissent les jeunes entrepreneurs.

Etre banquier et cultiver de jeunes pousses

Avec leurs idées innovantes et leurs modèles économiques ambitieux – mais risqués –, les fondateurs de start-up ont longtemps été regardés avec méfiance par les banquiers. Cette défiance, réciproque, appartient désormais au passé. Depuis quelques années, les établissements bancaires se sont organisés pour accompagner cette clientèle pas comme les autres. Le Crédit Agricole s’est positionné dès 2014 en créant le Village by CA, une pépinière d’entreprises qui accueille 90 start-up spécialisées dans la finance, l’agroalimentaire, l’énergie, la santé, l’immobilier... De son côté, BNP Paribas (BNPP) dispose d’un réseau de 15 Pôles innovation dans lesquels une cinquantaine de chargés d’affaires ont été formés afin de travailler exclusivement au service des jeunes pousses. Ce dispositif initié en 2012 vient d’ailleurs d’être renforcé avec l’ouverture à Paris et Massy-Saclay de deux WAI (We are Innovation), des structures dédiées à l’innovation qui proposent des programmes visant à accélérer le développement des start-up.

Le Crédit Mutuel Arkéa a, quant à lui, confié dès 2008 à sa direction Croissance externe, partenariats & écosystème digital le soin de constituer et gérer un portefeuille d’investissements stratégiques qui comprend notamment des participations minoritaires ou majoritaires dans des fintech comme Younited Credit (ex-Prêt d’Union), Linxo, Yomoni ou Leetchi. « Nous allons également inaugurer avant la fin de l’année une structure qui sera entièrement consacrée à l’accompagnement bancaire des start-up, annonce Anne-Laure Navéos, à la tête de cette direction. Celle-ci aura vocation à répondre à leurs besoins spécifiques par la mise à disposition de services bancaires et extra-bancaires parfois sur mesure. »

Profils « digitaux »

Pour répondre aux attentes de ces entreprises innovantes, les banques font appel à des profils spécifiques qui affichent de solides compétences financières, un parcours qui les a conduits à travailler avec des entreprises, et un appétit marqué pour le numérique. Chargée d’affaires au Pôle innovation de BNP Paribas à Paris, Aurélie Bret a été l’une des premières à embarquer dans l’aventure. « J’étais chargée d’affaires Entreprise lorsque j’ai appris en 2012 que BNP Paribas allait lancer des Pôles innovation, raconte cette ingénieure de 37 ans, diplômée de l’ISPG, qui a commencé sa carrière sur les produits dérivés chez Euronext avant d’intégrer la banque de la rue d’Antin. J’ai postulé car, de par ma formation d’ingénieur, j’ai toujours eu une appétence pour l’innovation. J’avais par ailleurs une bonne compréhension du modèle des start-up puisque j’en avais déjà quelques-unes comme clientes. » L’innovation constitue aussi le fil conducteur de la carrière de Bertrand Miserey, responsable des partenariats et des start-up du Village by CA. A 47 ans, ce diplômé de l’école de commerce ESIAE a participé à la création de l’un des premiers sites de transactions boursières sur internet chez CPR au début des années 2000. Dix ans plus tard, il récidive, cette fois pour le compte de BforBank. « En 2012, mon intérêt pour le ‘digital’ m’a incité à donner une nouvelle orientation à ma carrière puisque j’ai pris la responsabilité du Technolab de Crédit Agricole, une entité qui avait vocation à sensibiliser les dirigeants et les collaborateurs du groupe à l’innovation ». C’est à ce poste qu’il participe à la création du Village by CA. Un investissement qui lui vaut d’être nommé « maire adjoint » lors de l’ouverture en juin 2014.

Chargé d’impulser la dynamique de l’« open innovation » entre les grands groupes partenaires du Village et les jeunes pousses hébergées, le « maire adjoint » côtoie au quotidien les entrepreneurs. « N’ayant pas de bureau fixe, je suis en permanence sur la ‘place’ du Village où les start-up viennent me solliciter dès qu’elles ont un besoin, qu’il faut en général régler dans la minute car dans cet univers, tout va très vite. Mieux vaut donc être hyper-disponible et réactif. » La réactivité est également un prérequis pour Aurélie Bret. « Dans mon portefeuille, j’ai par exemple une entreprise qui est passée en un an de 1 million à 15 millions d’euros de chiffre d’affaires. Pour aider les entrepreneurs à absorber de telles croissances et leur apporter les bonnes solutions, on doit être tout le temps présent à leurs côtés pour bien comprendre leurs attentes qui varient en fonction de la maturité de la société », souligne Aurélie Bret.

Tisser des liens

Si les produits financiers proposés aux start-up présentent des similitudes avec ceux que les banques ont l’habitude de placer auprès de grands groupes, la relation avec les jeunes pousses a quelque chose d’unique. « Les entrepreneurs sont souvent extrêmement ambitieux, avec une vision qui les pousse à vouloir aller vite et loin, observe Aurélie Bret. Nous sommes parfois obligés de leur rappeler que leur idée est effectivement innovante, mais que pour l’instant, ils doivent prendre du temps pour structurer leur entreprise sans brûler les étapes. » Pour Benoît Siméon, 34 ans, chargé d’affaires au sein de la direction Croissance externe, partenariats & écosystème digital du Crédit Mutuel Arkéa, cette relation est intense. « Lorsqu’on travaille sur un projet d’acquisition avec de grandes entreprises, on est face à des experts aguerris, souligne ce diplômé de Sciences Po et d’un DESS Finance qui a commencé sa carrière dans les fusions-acquisitions et le risque crédit chez Calyon, avant de devenir consultant spécialisé dans la transformation des entreprises au sein du cabinet IDRH, puis au Crédit Mutuel Arkéa. Je travaille au quotidien avec des créateurs d’entreprise passionnés qui mettent toute leur énergie et leur cœur dans leur aventure, et c’est souvent la première fois pour eux. L’émotion est donc plus forte. » D’autant qu’avec le temps, banquiers et « start-upers » finissent par être proches, comme le décrit Bertrand Miserey : « Sans aller jusqu’à parler d’amis de 20 ans, j’ai noué avec certains des liens très forts qui me permettent de savoir, à partir d’un simple regard, lorsque quelque chose ne va pas. »

Ce banquier aime tout dans son métier. « J’ai la chance d’évoluer dans un monde à part où la morosité n’existe pas. Les entrepreneurs avancent, créent des emplois. Ils sont en outre très enthousiastes et attentifs au bien-être de leurs équipes et des partenaires qui les entourent. » Mais tout n’est toujours pas rose. « C’est très frustrant lorsqu’un dossier auquel je crois ne se concrétise pas, raconte Benoît Siméon, soit parce qu’il arrive trop tôt par rapport à la propre réflexion de ma banque, soit parce que la start-up a choisi de ne pas travailler avec nous. »

Dans cinq ans, Aurélie Bret se projette toujours dans l’innovation. « Je serais aussi assez tentée par un poste à l’international », confie la chargée d’affaires de BNPP. Bertrand Miserey se voit, lui, toujours aux côtés des start-up, mais dans un rôle différent : « J’aimerais les accompagner pendant leurs levées de fonds, contribuer à ce que les ‘family offices’ français s’intéressent davantage à cette population de créateurs. Un poste où je pourrais contribuer à véhiculer l’innovation au sein de la banque pourrait aussi m’attirer car la problématique de la ‘digitalisation’ de la relation client permet d’imaginer des nouveautés passionnantes. »

Aurélie Bret,  chargée d’affaires au pôle Innovation  de BNP Paribas à Paris
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Aurélie Bret, chargée d’affaires au pôle Innovation de BNP Paribas à Paris
Bertrand Miserey, responsable des Partenariats et des start-up du Village by CA, Crédit Agricole
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Bertrand Miserey, responsable des Partenariats et des start-up du Village by CA, Crédit Agricole
Anne-Laure Navéos, directeur Croissance externe, partenariats & écosystème digital du Crédit Mutuel Arkéa
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Anne-Laure Navéos, directeur Croissance externe, partenariats & écosystème digital du Crédit Mutuel Arkéa

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