Le VIE, un passeport pour l’international

le 04/02/2010 L'AGEFI Hebdo

Les jeunes talents se pressent vers le « volontariat international en entreprise », avec l’espoir d’être embauchés dans la banque.

Il avait trois ans d’expérience et une double formation en écoles d’ingénieur et de commerce, et il était prêt à lâcher son CDI pour partir en VIE (volontariat international en entreprise, NDLR) à Hong-Kong… » Cette récente candidature a étonné Dominique Schaeffer, responsable des relations écoles, stages, VIE et alternance à la direction des ressources humaines de Natixis. Et pour cause. Dans un contexte d’emploi encore morose pour les jeunes diplômés de la finance, abandonner un CDI pour un VIE à la durée limitée peut surprendre. Pourtant, alors qu’il fête ses dix ans cette année, ce dispositif qui offre une expérience professionnelle à l’étranger est très prisé des juniors comme des banques. Sur les 6.300 VIE actuellement en poste, le secteur bancaire concentre à lui seul 17 % des effectifs. Quatre établissements figurent même dans le Top 10 des recruteurs. Avec plus de 500 volontaires, Société Générale occupe la plus haute marche du podium, entouré par BNP Paribas (300) et Groupe Crédit Agricole, côte à côte avec Natixis (150). Une véritable hégémonie que la crise n’a en rien entamée. « Chez nous, renchérit Dominique Schaeffer, le nombre de volontaires a même augmenté entre 2007 et 2008 en raison du vif intérêt des postulants. » Ces derniers sont des jeunes diplômés ou des chercheurs d’emploi âgés de 18 à 28 ans.

L’essentiel des VIE se concentre sur les grandes régions financières. Chez Société Générale, la répartition est assez équilibrée entre l’Europe (43 %), l’Amérique du Nord (33 %) et l’Asie (23 %). Pour le Groupe Crédit Agricole, les Etats-Unis et le Royaume-Uni accaparent la moitié des effectifs. Tous les établissements se retrouvent en revanche sur la nature des missions et sur leur durée qui va de 12 à 24 mois. « 60 % des postes ont pour cadre la banque de financement et d’investissement (BFI), précise Lorenzo Cornuault, directeur du VIE chez Ubifrance, l’agence française pour le développement international des entreprises. Les principales fonctions concernées sont le ‘trading’, la vente, la structuration, l’analyse des risques... Quelques affectations sont offertes dans les systèmes d’information, le contrôle de gestion ou les ressources humaines. Des missions que l’on retrouve dans la banque de détail et le ‘corporate banking’ où le panel intègre également le développement commercial et les études marketing. »

Un statut souple

Pour expliquer l’appétence des banques, il suffit de se pencher sur le statut du VIE. Il n’y a d’abord pas de contrat entre l’entreprise et le volontaire. C’est Ubifrance qui fait office d’employeur et qui assume la protection sociale, ainsi que la gestion administrative et juridique. La banque se contente de signer avec l’établissement public une convention qui précise les modalités de réalisation de la mission. Elle doit en outre s’acquitter chaque mois de frais de gestion qui oscillent entre 175 et 375 euros et d’une indemnité pour le VIE de 1.200 à 3.200 euros définie pays par pays, en fonction du coût de la vie. « Le critère économique constitue l’un des principaux avantages du VIE, mais il n’est pas prépondérant, assure Claire Vigneron-Brunel, chargée du recrutement des VIE au sein du Groupe Crédit Agricole. Ce dispositif nous permet surtout de confier des responsabilités significatives à un junior dans un contexte international, l’objectif final étant de capitaliser sur cette expérience par un recrutement. » Seule banque à communiquer sur le sujet, Société Générale a embauché en 2007 et 2008 environ 75 % de ses VIE en CDI à l’issue de leurs missions.

Pour départager les candidats, les banques ont mis en place de véritables politiques de prérecrutement. « Chez Natixis, la sélection se fait sur la base d’un ‘process’ reposant dans un premier temps sur des tests et un entretien RH, détaille Dominique Schaeffer. Ensuite, un rendez-vous est organisé à Paris avec un opérationnel, ainsi qu’une visioconférence avec le manager local. » Pour espérer boucler ses valises, mieux vaut posséder le bon profil : bac+5 minimum, diplômé d’une école de commerce ou d’ingénieur. Chez Société Générale, 70 % des VIE ont suivi ce cursus, les autres sont passés par la filière universitaire. La maîtrise de l’anglais est impérative, celle de la langue locale est appréciée. « Les VIE que nous venons de recruter pour Hong-Kong avaient tous des connaissances en cantonais ou en mandarin », illustre Dominique Schaeffer. « Nous recherchons également des profils qui possèdent une première ‘expérience’ dans le domaine d’affectation, complète Catherine Dropsy, directrice adjointe du recrutement de Société Générale. Il peut s’agir d’un stage. S’il s’est déroulé à l’étranger, c’est un plus. » Les recruteurs puisent d’ailleurs en priorité dans le vivier de leurs anciens stagiaires. Ils représentent chez Société Générale près de la moitié des VIE. Chez Natixis, un tiers. Et lorsque cette filière se révèle infructueuse, les banques n’ont aucun mal à attirer les postulants qui se bousculent dans les forums organisés par Ubifrance et les grandes écoles.

Les offres de VIE diffusées sur leur site internet ou sur le portail d’Ubifrance constituent l’autre grand levier de recrutement. « Sur une annonce d’assistant ‘trader’ à New York, vous pouvez recevoir une centaine de CV en une seule journée », confie Catherine Dropsy. Pour tous les jeunes attirés par l’expatriation, le volontariat s’est imposé comme le seul moyen de leur offrir une expérience internationale en début de carrière. « Ajoutez à cela des conditions professionnelles sécurisées, un niveau correct d’indemnisation et un marché de l’emploi tendu, et vous comprendrez pourquoi 60.000 candidats ont déposé leur CV dans les bases de données d’Ubifrance ! », s’exclame Lorenzo Cornuault. Mais seul un sur dix décrochera le précieux sésame…

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