Réseautez pour mieux travailler !

le 03/12/2009 L'AGEFI Hebdo

Les réseaux sociaux s’invitent dans les banques où ils ont pour vocation de fédérer les salariés autour de l’entreprise.

Ils sont 2.800 répartis dans 82 pays, et début 2010, ils vont pouvoir progressivement échanger au sein de trois réseaux sociaux virtuels. Il ne s’agit pas d’adolescents fans d’un groupe de musique, mais des collaborateurs de la direction des ressources humaines (RH) du groupe Société Générale ! Après avoir créé une fiche d’identité professionnelle avec leur nom, photo et parcours (comme sur Facebook par exemple), ils vont pouvoir communiquer avec leurs homologues dans trois « communautés » sur intranet. La première sera destinée aux employés RH situés en République Tchèque, la deuxième portera sur les métiers RH et la troisième sur les projets. Un an et demi auparavant, le groupe avait mis en place un réseau social interne destiné à 40 salariés RH dans plusieurs pays. « Notre première expérience de réseau social interne nous a permis de valider la pertinence de ce type de plate-forme collaborative, explique Franck La Pinta, responsable marketing de la marque employeur chez Société Générale. On a vu que ce réseau permettait d’être plus efficace au quotidien, d’identifier des problèmes éventuels et d’en parler pour les résoudre. » Il précise que ce « réseau social vise à améliorer la professionnalisation des équipes RH concernées, de leur permettre de mieux se connaître et d’échanger des bonnes pratiques ».

La banque de La Défense n’est pas la seule à avoir investi l’univers des réseaux sociaux afin de fédérer ses salariés. Après l’utilisation de sites bien établis comme Viadeo, Facebook ou encore LinkedIn comme outils de recrutement, les groupes bancaires créent désormais leurs propres réseaux sociaux. « Nous voyons de plus en plus d’initiatives pilotes ou plus globales au sein des banques et des assureurs », note David Guillocheau, directeur associé de la société de conseil Talentys. L’objectif n’est pas seulement de partager l’information, mais aussi de faire naître une émulation forte au sein des équipes, tout en organisant leurs « e-participations » dans ces sites qui leur sont réservés. En 2007, dans le cadre de son projet stratégique, Finaref souhaitait s’appuyer sur un outil collaboratif « afin de collecter des idées auprès des collaborateurs de tous horizons (commerce, finance, activités supports...) et de tous niveaux hiérarchiques en créant une dynamique autour de cette plate-forme participative », se remémore Jean-Charles Telle, responsable du département processus innovation & développement marchés chez Sofilead, le GIE Informatique de Finaref et Sofinco. Au départ, quatre ou cinq communautés sont lancées. Aujourd’hui, il y en a une quinzaine, animées par plus de cent contributeurs dans les deux sociétés. « Notre outil est un véritable incubateur d’idées ! L’objectif est de les collecter, de les sélectionner, de les tester et pourquoi pas de développer une solution plus pérenne si elles se révèlent pertinentes pour le développement de nos activités », affirme Jean-Charles Telle.

Des médias puissants

Force technique de ces laboratoires d’idées : ils regroupent tous les dialogues dans un même média, où ils peuvent être stockés par ordre chronologique et par auteur. « Les discussions sont centralisées et ne s’éparpillent pas dans des e-mails. Elles sont datées, donc on peut voir l’évolution des débats, indique Jean-Michel Vergne, directeur des opérations européennes de blueKiwi, société spécialisée dans les réseaux sociaux d’entreprise. La banque peut capitaliser sur les dialogues qui sont conservés sans limite de temps. Car souvent, le savoir-faire des salariés sur les projets disparaît lorsqu’ils quittent la société. Là, on peut garder ce savoir-faire. » Mais l’idée d’un support qui garde autant de traces, en identifiant avec précision les interlocuteurs, peut faire peur. « Il existe des freins psychologiques. Et il y a des précautions à prendre car il faut aussi que l’entreprise puisse contrôler sa plate-forme », concède Philippe Torres, directeur des études et du conseil à L’Atelier BNP Paribas. Une faiblesse facile à résoudre, selon le responsable de blueKiwi : « D’abord, en mettant en place une modération, l’entreprise peut nettoyer son réseau. Et côté salariés, ce sont eux la clé du contrôle. Ils sont maîtres de leurs contributions et peuvent modifier ce qu’ils écrivent. » Justement, chez GCE Assurances, la filiale d’assurance non-vie du groupe BPCE, 60 employés de différents métiers et niveaux hiérarchiques se sont vu confier au printemps dernier la réalisation d’un grand blog participatif en vue de la convention annuelle de la société. Pour cela, ils ont discuté durant trois mois notamment à travers des réseaux créés spécialement sur internet.

« C’est ludique, décrit Eric Blot, président de l’agence spécialisée sur les nouveaux média Awaki’T. Chaque groupe travaillant sur le blog portait le nom d’un groupe de musique pour s’identifier et devait expliquer son choix. » « L’effet est impressionnant, poursuit Bruno Goré, directeur général de GCE Assurances. Comme il n’y a pas de réunions physiques entre les salariés impliqués dans le projet, on ne perçoit pas la puissance de l’outil ; cela donne pourtant naissance à une véritable communauté qui interagit de façon très dynamique. »

Autre point fort de ces web-réseaux internes : ils permettent de repérer des employés auxquels un manager n’aurait pas forcément pensé pour un projet. « Cet outil collaboratif est aussi un révélateur de talents, affirme Jean-Charles Telle. Il nous a ainsi permis d’identifier des collaborateurs quelquefois même très opérationnels, mais surtout très légitimes dans le domaine de l’innovation. J’ai en tête l’exemple d’un conseiller financier sur un centre d’appels qui s’est révélé être le plus grand contributeur toutes communautés confondues ! » La génération des « banquiers réseauteurs » est née…

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