Recrutements en pente douce dans l’audit-conseil

le 07/01/2010 L'AGEFI Hebdo

Les cabinets devraient moins ouvrir leurs portes en 2010, mais ils regardent avec intérêt les candidats dotés d’une expérience bancaire.

Moins 33 %, c’est la baisse qu’a subi le recrutement de nouveaux collaborateurs accueillis en 2009 comparé à 2008 chez Ernst & Young, l’un des quatre principaux acteurs de l’audit-conseil, dits « Big Four ». Habitués à embaucher massivement, la plupart des cabinets ont moins largement ouvert leurs portes cette année. Et ce, bien qu’ils aient été beaucoup plus sollicités dans un contexte où les banques ont gelé leurs embauches dans les activités de finance. Mais en 2009, KPMG, Deloitte, Ernst & Young et PricewaterhouseCoopers (PwC) ont tout de même été rejoints par plus de 500 auditeurs et consultants chacun (voir le tableau). Moins imposant, Mazars a accueilli 300 cadres. Dans la catégorie des cabinets plus petits, Corevise, par exemple, a recruté une dizaine de professionnels.

Pour 2010, la tendance est à la prudence. Les prévisions de recrutements sont soit stables (comme chez Ernst & Young ou Mazars), soit en recul (c’est le cas chez Deloitte, KPMG et PwC). Toutefois, tous sont prêts à s’adapter à la conjoncture : si l’activité rebondit, les embauches suivront. Cette règle vaut surtout pour les métiers du conseil, qui sont les plus sensibles à l’environnement économique. Quant à l’audit et l’expertise comptable, ses acteurs renouvellent leurs équipes de façon plus régulière et plus dense en nombre. C’est donc vers l’audit que s’orientent la plupart des nouvelles recrues, qu’elles soient arrivées en 2009 ou attendues pour 2010. Il s’agit le plus souvent de jeunes diplômés. Si environ 40 % de ces débutants viennent d’une école d’ingénieur ou d’une université, la majeure partie sort des écoles de commerce lorsqu’ils ont effectué un stage en finance. Ainsi, Alexia Picot, Edhec de 25 ans, vient de rejoindre PwC après avoir validé deux stages de six mois chez Société Générale. « Aujourd’hui, elle audite des banques », raconte Isabelle Grevez, directeur du recrutement chez PwC. Certains profils plus seniors sont aussi recherchés : « En 2008-2009, nous avons recruté des auditeurs expérimentés spécialistes des OPCVM », précise Grégoire Juy, secrétaire général de Corevise. Ces auditeurs étant très rares et toujours demandés en 2010, les candidats venant de sociétés de gestion d’actifs (de la fonction « contrôle interne » par exemple) peuvent séduire les cabinets. L’expertise comptable recrute elle aussi des juniors et des seniors, avec des formations qui vont de bac+3 au prestigieux diplôme d’expertise comptable, le DEC.

Le « corporate finance » en berne

Ainsi, les jeunes diplômés n’ont pas le monopole des recrutements. Dans le domaine du conseil, les cabinets portent leur attention sur des profils confirmés. Les banquiers sont les bienvenus. Côté conseil opérationnel (processus de gestion, amélioration de la performance, maîtrise du risque, audit interne…), des recrutements sont menés pour des missions au sein de banques : « Certains grands cabinets ont recruté en 2009 pour leurs équipes de conseil bancaire. En 2010, cette tendance se maintiendra », estime Guillaume Pican, responsable du pôle audit-conseil chez le recruteur Michael Page. Les profils recherchés sont notamment des auditeurs, dotés d’une expérience de deux à trois ans en cabinet et connaissant bien les réglementations de type IFRS ou Bâle II. Les professionnels qui ont travaillé en audit interne au sein d’une banque sont également très appréciés. Dans le domaine du conseil en management, certains CV sont favorisés : les cabinets recherchent des profils qui ont œuvré à la fois dans des administrations et des entreprises car nombre de missions sont actuellement commandées par le secteur public qui se réorganise.

En corporate finance (conseil en fusions-acquisitions, en transactions…), l’horizon est plus flou. Les recrutements, très nombreux jusqu’en 2008, sont, depuis, en berne. Toutefois, « l’activité transactions reprend », signale Antoine de Riedmatten, associé responsable de l’attraction des talents chez Deloitte, qui prévoit de recruter si la tendance se confirme. Sur la partie fusions-acquisitions, des embauches sont également envisageables. Parmi les profils convoités, les banquiers sont là aussi en bonne place, comme en 2009. C’est ainsi que Nicolas de Quincerot a intégré Deloitte en juin dernier. Ce financier de 36 ans avait jusqu’alors toujours travaillé dans des banques d’investissement (UBS, Calyon, Rothschild & Cie), au sein des équipes de fusions-acquisitions. En marge du corporate finance s’est développé le conseil en restructuration d’entreprises. Cette expertise prospère toujours, portée par la crise. « Pour cette activité, nous avons recruté, en 2009, deux personnes venues d’autres cabinets », se félicite Caroline Haquet, directrice du recrutement chez Mazars. L’une d’elles, Henri Calef, 44 ans, a œuvré chez PwC jusqu’en mai 2009. « J’ai toujours travaillé sur des entreprises en difficulté, que ce soit dans des cabinets d’avocats, des banques ou des cabinets d’audit-conseil », raconte ce senior qui est aujourd’hui associé chez Mazars, en charge de la restructuration financière d’entreprises. Cette activité va continuer de recruter : « Nous recherchons des profils financiers, dotés d’une expérience soit en entreprise, soit dans un cabinet spécialisé en restructuration », explique Alain Perroux, associé et directeur de la stratégie des ressources humaines chez Ernst & Young.

Si les dynamiques d’embauches des cabinets restent pour cette nouvelle année suspendues au rebond de la conjoncture, les profils financiers et d’anciens banquiers paraissent parmi les plus appréciés du secteur. A bon entendeur…

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