CV, les recruteurs débusquent les faussaires

le 07/10/2010 L'AGEFI Hebdo

Pour mieux se vendre, certains candidats ont tendance à tricher sur leurs diplômes ou leurs responsabilités passées. Attention au retour de bâton.

Il y a quelques jours, j’ai postulé pour un poste de chargé d’accueil, puis de clientèle. Ces postes requièrent un bac+2 minimum ; or, je ne dispose même pas du niveau bac. Alors, j’ai osé mentir sur mon CV. (…) Je me suis inventé une formation bac+2 et des expériences professionnelles (…) Au final, je repars avec un poste de chargé de clientèle et une formation de deux mois dans une banque. » Ce témoignage anonyme posté récemment sur un forum de discussion sur internet illustre une tendance bien réelle chez les candidats : le « truquage » de curriculum vitae. Dans un contexte où les offres d’emploi dans le secteur de la banque-finance suscitent de très nombreuses candidatures, la tentation d’embellir un cursus est forcément grande. « C’est constant, observe Vincent Picard, associé du cabinet de recrutement spécialisé Fed Finance. Les postulants prennent certaines libertés pour adapter leur CV. »

Les « grands classiques » sont les langues et les outils informatiques, que les professionnels prétendent très bien maîtriser. Mais d’autres éléments peuvent être maquillés : « Ces derniers temps, je vois surtout des changements sur les intitulés des diplômes afin qu’ils soient plus en phase avec le projet professionnel », raconte Vincent Picard. « Les gens ont tendance à exagérer leur rôle dans leurs précédents emplois, par exemple en mentionnant qu’ils ont été responsables alors qu’ils ne manageaient pas vraiment, ajoute Fabrice Hatsadourian, senior manager en charge de la banque-assurance au cabinet Robert Walters. Ils s’inventent aussi des hobbies ou indiquent des sports qu’ils ne pratiquent plus depuis longtemps. » Exagérations sur les responsabilités passées, ambiguïtés sur les diplômes, approximations concernant le niveau exact de formation…, ces pratiques visent surtout à accéder à un entretien de visu avec un recruteur. En face à face, les masques tombent souvent et les candidats reconnaissent le « maquillage », car ils ont conscience que leurs affirmations seront tôt ou tard vérifiées. « Nous contrôlons un nombre important d’éléments, confirme Pierre Daubas, manager de la division banque & assurance du cabinet de recrutement Robert Half International. Nous demandons des photocopies des diplômes, nous nous renseignons auprès des anciens employeurs du candidat (avec son accord)… Avec internet et les annuaires des grandes écoles et universités, il est aujourd’hui facile de trouver des informations. Mais lorsqu’il s’agit d’universités étrangères, cela peut être plus compliqué. »

A priori négatif

Si les cabinets peuvent faire preuve d’indulgence face à des candidats maladroits ou naïfs (comme ceux qui se rajeunissent par peur d’être discriminés), ils se montrent très sévères lorsque la « ligne jaune » est franchie. Cette limite est atteinte lorsqu’une personne ment et a recours à la falsification. « Tricher sur les durées des emplois occupés, c’est malhonnête. Pour moi, c’est rédhibitoire », martèle Vincent Picard. « Il y a de vrais usurpateurs qui fournissent de faux diplômes, de fausses fiches de paie, de fausses références professionnelles…, déclare de son côté Pierre Daubas. Cela existe, c’est vrai, mais ce sont des cas plutôt rares dans les métiers de la banque et de l’assurance. »

De façon générale, les cabinets de recrutement déconseillent d’avoir recours à ce genre de pratiques qui font naître un a priori négatif sur la personnalité d’un candidat, aussi compétent soit-il. « Constater qu’un candidat a menti, cela ne met pas en confiance. Or, c’est justement sur la confiance que sont essentiellement basés les métiers de la banque et de l’assurance, souligne Pierre Daubas. C’est pourquoi je n’approuve pas ces pratiques, cela n’apporte pas grand-chose de ‘gonfler’ son CV, cela décrédibilise… » Si les compétences et le parcours d’un professionnel retiennent l’attention malgré quelques embellissements repérés par le recruteur, ce dernier lui recommande de réaliser un nouveau CV, plus conforme à la réalité, afin de pouvoir le présenter au client final. « Il arrive que je demande qu’un CV soit refait, et je sensibilise la personne au fait que les entreprises veulent elles aussi des documents comme les photocopies de diplômes », indique Fabrice Hatsadourian. Les directeurs des ressources humaines peuvent même faire appel à des spécialistes de la vérification de profils de candidats, comme le groupe américain Kroll ou la société française Efficenty RH. Mais les postulants peuvent aussi prendre les devants et faire certifier leur CV auprès d’un organisme spécialisé. En France, la société Ceriv propose cette prestation pour un tarif de 39 à 75 euros, selon la quantité d’informations à vérifier. Aujourd’hui, les cabinets de recrutement dédiés aux métiers de la banque-finance déclarent voir encore peu de CV « certifiés ». Mais à l’unanimité, ils préfèrent cette méthode pour valoriser un parcours à celle du CV « truqué ».

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