Banquiers et syndicats montent sur le ring

le 26/11/2009 L'AGEFI Hebdo

Les négociations salariales ont accouché d’un accord minimaliste chez BNP Paribas. Elles piétinent chez Société Générale ou HSBC.

Les négociations annuelles obligatoires (NAO) s’annoncent houleuses dans les banques. Traditionnelles, elles se déroulent cette fois dans un contexte particulier : le retour prochain des bonus élevés que permettent d’anticiper des résultats financiers plus qu’honorables. Un sujet qui suscite l’exaspération de l’opinion publique, mais aussi celle des salariés du secteur. Dans les agences, les conseillers qui ont dû affronter la colère des clients au plus haut de la crise nourrissent un sentiment d’injustice profond. Mais le scandale du milliard d’euros de provisions pour bonus qui a éclaboussé BNP Paribas en août dernier a apporté de l’eau au moulin du Syndicat national de la banque (SNB) et de la CFDT, les deux seuls syndicats à avoir signé l’accord salarial de la banque. « Cette information a été un argument massue », confie Yannick Margerie, délégué syndical national adjoint CFDT chez BNP Paribas. A la clé, une hausse des salaires de 1 % au 1er janvier 2010 avec un plancher annuel de 325 euros, le versement d’une prime de 1.200 euros, un abondement exceptionnel de 300 % pour un versement volontaire jusqu’à 100 euros dans le Plan épargne entreprise (PEE) et une enveloppe de 1 million d’euros débloquée dans le cadre de l’égalité professionnelle. « Après deux mois de négociations, cet accord salarial s’avère être le minimum sur lequel on était prêt à s’engager, témoigne Joël Debeausse, délégué syndical national adjoint du SNB chez BNP Paribas. Mais nous devrons revenir sur les questions d’équité salariale et de transparence. Il importe d’instituer un pacte social dans l’entreprise, quelques métiers ne peuvent pas indéfiniment se partager l’essentiel du gâteau. Globalement, les discussions avec la direction sont plus tendues que l’année dernière. Sur le terrain, on sent la grogne monter, les employés ne comprennent plus les écarts grandissants entre leur rémunération et celle d’une minorité. »

Appels à la grève

Bien qu’elles aient eu lieu sous tension, les négociations salariales chez BNP Paribas sont les seules à avoir abouti pour l’instant. Chez Société Générale, l’intersyndicale (CFDT, CFTC, CGT-FO- SNB-CGC) a, dans un bel ensemble, quitté la table des négociations entamées le 29 octobre dernier et a appelé les employés à une journée de grève le 24 novembre. Les syndicats qui réclament un coup de pouce de 2 % considèrent comme « une véritable provocation la proposition salariale ridicule de 0,7 % pour 2010 de la direction générale ». « L’accord salarial signé l’an dernier prévoyait l’intégration dans le salaire de base de tout ou partie d’une prime de 25 % du salaire mensuel brut, ajoute Daniel Petrucci, délégué syndical national du SNB chez Société Générale. Pour nous, cette clause est un préalable aux négociations. Mais la direction, prenant prétexte de la crise financière et de la concurrence accrue, ne veut rien savoir ». Dans leur ligne de mire aussi, une nouvelle organisation du travail qui doit se traduire par une automatisation de certaines tâches et par une hausse du portefeuille de clients de 25 % des conseillers clientèle. « Au sortir de la période des deux années que viennent de traverser les techniciens et les cadres, ceux-ci attendaient une juste reconnaissance de leurs implications. A nous le discours ‘il faut serrer les boulons’, aux marchés le communiqué triomphant sur le succès de l’augmentation de capital et le remboursement de l’Etat », écrit l’intersyndicale dans un communiqué.

Après trois réunions, les négociations piétinent tout autant chez HSBC où, là encore, une intersyndicale (CFDT, CFTC, CGT, FO, SNB) a appelé à une grève le 24 novembre. « La direction murée dans son autisme oppose une fin de non-recevoir à la demande intersyndicale : une augmentation générale pérenne de 2,5 % avec un plancher de 650 euros », écrit l’intersyndicale. En réponse, la direction propose de réserver les revalorisations salariales aux employés payés moins de 30.000 euros. Aux Caisses d’Epargne, Serge Huber, secrétaire général de l’Union nationale des syndicats autonomes (Unsa), n’a pour l’instant aucune idée de ce que « la nouvelle DRH du groupe BPCE (Jean-Luc Vergne, ancien directeur des ressources humaines du constructeur automobile PSA, NDLR) est prête à lâcher. Mais nous réclamons au minimum une revalorisation des salaires de 3,5 % au 1er janvier 2010 prenant en compte l’inflation sur 2008, 2009 et 2010 ». Du côté du Crédit Mutuel, où les négociations sont en cours, les échanges sont aussi agités, comme chez Crédit Agricole SA (puis les discussions dans les caisses s’ouvriront en février-mars 2010).

Dans ce contexte, les autres sujets inscrits à l’agenda social des banques passent au second plan. Chez BNP Paribas, une dizaine de dates ont été bloquées pour discuter pêle-mêle du compte épargne temps et de l’épargne salariale. D’ores et déjà, le SNB et la CFDT ont refusé de signer l’accord sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC). Devrait aussi être abordée la prévention du stress au travail, en réponse aux pressions du Ministère du Travail qui donne aux entreprises de plus de 1.000 salariés jusqu’à février 2010 pour négocier des accords sur la question. Chez Société Générale, les représentants des salariés devraient d’ailleurs être consultés sur la mise en place d’un plan de prévention du stress dès janvier 2010. Autre sujet qui mobilisera aussi les énergies : la gestion des seniors.

Nouveau paysage syndical

Ces négociations plus ou moins musclées entre partenaires sociaux ont aujourd’hui pour décor un paysage syndical en pleine recomposition. Car les nouvelles règles de représentativité issues de la loi du 20 août 2008 portant rénovation de la démocratie sociale changent la donne. Aujourd’hui, les syndicats n’atteignant pas le seuil fatidique de 10 % des voix perdent leur représentativité et donc la possibilité de signer des accords. Du jour au lendemain, ils risquent de se retrouver démunis de moyens matériels et de subventions. Les élections des représentants des salariés, qui revêtent dorénavant un enjeu crucial, risquent de briser les fragiles intersyndicales tissées au gré des négociations. Chez Société Générale par exemple, les élections professionnelles qui se déroulent dans plusieurs agences en novembre peuvent facilement fissurer le front syndical en apparence uni. Chez Axa, FO et la CFTC, avec respectivement 9,8 % et 9,5 % des voix, disparaissent de l’échiquier syndical. Chez BNP Paribas, la CFTC a sauvé de peu sa peau en faisant valoir que le protocole électoral avait été négocié antérieurement à la loi. « La loi renforce les pressions électorales sur les représentants syndicaux, note Corinne Guillemin, directrice développement social chez Axa France. Le tour de table va être plus réduit lors des prochaines négociations d’entreprise et le resserrement des étiquettes syndicales va forcément pousser à des alliances. »

Par ailleurs, aujourd’hui, pour être valable, un accord d’entreprise doit emporter l’adhésion d’une ou plusieurs organisations syndicales représentant au moins 30 % des suffrages exprimés aux élections et ne pas se heurter à l’opposition de celles ayant recueilli la majorité des suffrages. Concrètement, chez BNP Paribas, le SNB, qui a pris la première place aux élections du comité d’entreprise en mars dernier avec 30,71 % des suffrages exprimés, se retrouve en position de force. Sauf si la CFDT, à la deuxième place avec 29,57 %, lui fait barrage en s’alliant avec les autres syndicats. « En général, nous sommes sur les mêmes positions avec le SNB », affirme Yannick Margerie, à la CFDT. A la Bred, l’Unsa (48,9 % des voix), qui, à maintes reprises, a bataillé pour être jugée représentative, devient un négociateur incontournable pour la direction, notamment dans les NAO qui vont bientôt démarrer. « La direction va être obligée de tenir compte de nos revendications, se félicite Gilles Desseigne, délégué syndical central à la Bred. Nous avons toujours eu une approche responsable, nous ne sommes pas dans l’opposition systématique. » Pour Luc Martin-Chauffier, secrétaire général Unsa banque, assurance et sociétés financières, « ces nouvelles règles devraient inciter les organisations syndicales habituellement non signataires à se mouiller un peu plus et favoriser les syndicats réformistes ». De nouveaux jeux de pouvoir à suivre de près chez les syndicats...

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