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Dans le rôle de l’arroseur arrosé, Elliott risque sa réputation

le 21/01/2019

Philippe Mudry

Elliott est un fonds activiste dirigé par un fondateur talentueux qui a accroché à son tableau de chasse nombre de dirigeants d’entreprises cotées de premier plan.

Parmi eux Vincent Bolloré, actionnaire de contrôle de Vivendi qui n’est pourtant pas un novice en matière de rouerie boursière et financière.

Mais le fonds est en train de démontrer que savoir prendre le pouvoir dans une entreprise ne signifie pas être capable de la diriger.

Telecom Italia, dont Elliott a pris le contrôle aux dépends de Vivendi, a lancé vendredi un deuxième profit warning, faisant état d'un résultat brut préliminaire 2018 en baisse de 5% par rapport à celui de 2017.

L’action a subi un sévère correction, perdant un moment quelque 9%.

Vivendi, qui entend rendre la monnaie de sa pièce à son adversaire lors d’une prochain assemblée générale, n’a pas manqué de l’accuser de « perdre du temps, ne pas avoir de plan et se contenter de blâmer la direction précédente ».

C’est de bonne guerre. D’ici le 29 mars, date de l’AG en question, les escarmouches de ce genre ne manqueront pas, avec cette fois Elliott dans le rôle du gibier et Vivendi dans celui du chasseur.

Si Elliott veut conserver sa domination sur l’opérateur italien, il devra trouver des réponses convaincantes.

Sa prise de contrôle à la hussarde de Telecom Italia avait été un modèle du genre, grâce à un cours de bourse déprimé, la mauvaise image de Vivendi en Italie et la capacité d’Elliott à mettre dans son jeu des pouvoirs publics italiens impatiens de reprendre la main sur la destinée d’un actif national important.

A Elliott de démontrer aujourd’hui que sa stratégie pour l’avenir est à la hauteur de ses critiques passées et des enjeux présents du monde des télécoms.

Faute de quoi, sa capacité à fédérer les actionnaires dans ses combats futurs, chez Telecom Italia ou ailleurs, serait sérieusement compromise.

A en juger par le cours de bourse de l’opérateur depuis sa prise de contrôle en mai dernier, en baisse de 45% contre 10% pour l’indice de référence Stoxx 600 telecoms, il est urgent pour lui de trouver enfin de bons arguments. 

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