Christel Heydemann esquisse ses priorités à la tête d’Orange

le 20/05/2022 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La question de la rémunération des dirigeants reste un point sensible, comme l’a révélé l’assemblée générale de l’opérateur historique.

Christel Heydemann, la nouvelle directrice générale d’Orange (2022)
La nouvelle directrice générale d’Orange, Christel Heydemann, a pris ses fonctions en avril 2022.
(Orange)

C’était son premier grand rendez-vous, son baptême du feu en public, devant les actionnaires lors de l’assemblée générale (AG) annuelle de l’opérateur historique. Un mois et demi après sa prise de fonctions, le 4 avril, en tant que directrice générale d’Orange, Christel Heydemann a présenté, ce jeudi, ses principaux chantiers. Avec détermination, pour celle qui, à 47 ans, est la deuxième femme à ce niveau de responsabilités de tout le CAC 40, avec Catherine MacGregor chez Engie.

Elle dirigera l’énorme paquebot de 142.000 salariés en duo avec Jacques Aschenbroich : élu jeudi administrateur avec 76,86% de votes favorables, il a été nommé président non exécutif du groupe.

Un baptême du feu où, de fait, les dirigeants d’Orange ont évité de peu le carton rouge : lors des votes de résolutions au terme de l’AG, celle portant sur le plan de rémunération pour 2022 de Stéphane Richard et Christel Heydemann est passée in extremis, à 50,55%. La preuve que le sujet est très sensible pour les actionnaires. Et pourrait bien rester, à l’avenir, une épine dans le pied de ses dirigeants. Stéphane Richard avait bien tenté d’éteindre l’incendie : mardi soir, l’opérateur indiquait qu’il avait renoncé à une rémunération exceptionnelle de 475.000 euros brut au titre de l’année 2022 proposée par le conseil d’administration – au motif de «l’incompréhension de certains actionnaires», selon les termes choisis du communiqué.

En début de séance, Stéphane Richard, qui termine son mandat de PDG, et qui pourrait rejoindre bientôt la banque américaine Perella Weinberg, a dressé longuement le bilan de ses onze années à la tête d’Orange. Si celui-ci est en demi-teinte, le dirigeant a rappelé ses réussites : le retour à la paix sociale, s’imposer comme opérateur télécoms leader «face à un nouvel opérateur [Free Mobile, NDLR] qui a détruit 4 milliards d’euros de valeur entre 2011 et 2013», le développement de la fibre, «avec plus de 30 millions de locaux éligibles à la fibre FTTH et 6 millions de foyers raccordables en Europe», le succès de la filiale Omea (Orange Middle-East and Africa), qui représentait 15% du chiffre d’affaires du groupe en 2021, contre 7% en 2018…

Vers un plan stratégique à l’horizon 2030

Christel Heydemann, pour sa part, qui se dit «honorée, motivée, déterminée», prend aussi ses fonctions «dans un esprit de responsabilité face à l’instabilité actuelle» due à la guerre en Ukraine et au changement climatique. Sa priorité sera d’«accélérer la mise en œuvre des chantiers initiés». Notamment en prenant acte de la bascule de la société vers le tout numérique, alors que «la pandémie a fait exploser ces usages». Orange «a su absorber les pics de trafic, avec des pics de +30% sur nos réseaux en Europe», a-t-elle précisé. D’ici à la fin de l’année, elle présentera son plan stratégique à l’horizon 2030, a-t-elle annoncé.

Parmi les chantiers à poursuivre figure le renforcement d’Orange en Afrique, «où, avec 135 millions de clients, nous sommes le troisième opérateur sur le continent». A ce titre, le groupe «regardera toutes les possibiltés de croissance externe», a-t-elle souligné. Autres défis, continuer la bascule du réseau cuivre vers le réseau numérique, ainsi que l’expansion d’Orange en Europe : après avoir acquis Voo en Belgique et TKR en Roumanie, Orange compte boucler son entrée dans l’opérateur MasMovil en Espagne d’ici à fin 2023 – cela prendrait la forme d’une joint-venture à 50-50. Christel Heydemann compte bien poursuivre le lobbying sur la «répartition plus juste du coût des infrastructures de réseau» avec les gros consommateurs de bande passante, tels les opérateurs de streaming. Bruxelles vient opportunément de rouvrir ce dossier.

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