Le risque de réputation enfonce le secteur des maisons de retraite en Bourse

le 25/01/2022 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Orpea, visée par un livre, s'effondre, entraînant Korian à sa suite.

Personne âgée dans un Ehpad
Les pratiques de certaines maisons de retraite sont régulièrement dénoncées par les médias.
(photo Sabine Vanerp / Pixabay)

Un vent de panique a soufflé sur les exploitants de maisons de retraite lundi à la Bourse de Paris. L’action Orpea a vu sa cotation suspendue à la mi-journée, après avoir perdu plus de 16%. Dans son sillage, Korian a clôturé en baisse de plus de 14%. En cause, un article du Monde qui a publié lundi des extraits du livre Les Fossoyeurs, une enquête portant sur les coulisses de l'activité d'Orpea et devant être publiée le 26 janvier. L'ouvrage promet « des révélations sur le système qui maltraite nos aînés ». « En près de trois ans d'enquête », Victor Castanet, l'auteur du livre à paraître chez Fayard, « a rencontré 250 personnes, enregistré plus de 200 témoignages, déniché des rapports confidentiels et des courriels internes », rapporte Le Monde.

Orpea a démenti lundi, dans un communiqué publié après-Bourse, les accusations portées à son encontre par cet ouvrage dont les premiers éléments ont été publiés par le quotidien. « Ces éléments, polémiques et agressifs montrent une volonté manifeste de nuire. Nous contestons formellement l'ensemble de ces accusations que nous considérons comme mensongères, outrageantes et préjudiciables », a indiqué le groupe dans son communiqué. « Toute l'investigation est basée sur les témoignages de personnes qui ont quitté le groupe, qui ont parfois été licenciées comme cela arrive dans toutes les entreprises, et qui peuvent avoir une rancœur », a notamment commenté Yves Le Masne, le directeur général d'Orpea, lors d'une conférence téléphonique, en précisant qu'environ 1.000 à 1.500 personnes quittaient l'entreprise tous les ans.

Suites judiciaires possibles

« De telles attaques ne sont malheureusement pas nouvelles mais sont extrêmement violentes dans un contexte où nos équipes sont encore plus mobilisées depuis deux ans par la crise sanitaire », a commenté Orpea. Pour y répondre et « rétablir la vérité des faits et défendre son honneur ainsi que celui de ses collaborateurs », le groupe a « d'ores et déjà saisi ses avocats pour y donner toutes les suites, y compris sur le plan judiciaire », a-t-il indiqué.

L'entreprise a aussi rappelé procéder chaque année à une enquête de satisfaction auprès de ses résidents et familles, réalisée par un organisme externe indépendant, dont les derniers résultats montrent un taux de recommandation moyen de 95%.

« Par ailleurs, Orpea exerce son activité dans un secteur qui fait l'objet de réglementations strictes et de contrôles réguliers par les autorités publiques », a-t-elle ajouté.

Les pratiques du secteur des maisons de retraite sont régulièrement pointées du doigt par les médias. Les premières semaines de l'épidémie de Covid, marquées par une forte mortalité dans les Ehpad, avaient notamment mis ces acteurs sous le feu des projecteurs.

«A ce stade, nous ignorons si les autorités politiques mettront plus de pression sur les acteurs privés du secteur de la dépendance pour renforcer la qualité de leurs services», écrit Alain Lopez, analyste crédit chez Octo Finances. « Nous maintenons notre opinion fondamentale négative sur la signature, non pas à cause des suspicions dont peut faire l'objet le groupe, mais à cause de sa politique financière très agressive », ajoute l'analyste, en soulignant s'attendre à des cahs-flows libres négatifs chez Orpea dans les trois à quatre prochaines années.

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