L’AMF veut frapper fort sur un présumé manquement d’initiés sur le titre Soitec

le 25/06/2021 L'AGEFI Quotidien / Edition de 14H

Soitec est un fabricant français de plaques de silicium sur isolant, situé dans l’Isère.
(Soitec)

Lors de la séance ce vendredi de la commission des sanctions de l’Autorité des marchés financiers (AMF), la représentante du Collège de l’AMF a demandé une sanction de 900.000 euros à l’encontre d’un ancien directeur financier de Soitec, qui aurait transmis des informations privilégiées à l’un de ses amis, ancien directeur des risques chez LafargeHolcim, qui pourrait écoper d’une amende de 1,2 million d’euros, pour avoir profité de ces informations, qui lui ont permis de générer un gain de plus de 325.000 euros.

L’AMF reproche à cet ancien dirigeant, aujourd’hui consultant, d’avoir profité d’informations sur les résultats et les relèvements de prévisions de Soitec en 2017. Le 17 et 18 octobre 2017, il a acquis des actions et CFD Soitec, pour lui-même, ses trois enfants et sa mère, alors que le communiqué de presse publié le 18 octobre après Bourse annonçait une hausse de 31% du chiffre d’affaires pour le deuxième trimestre 2017-2018, et un relèvement de la marge d’Ebitda de 20% à environ 25% pour l’ensemble de l’exercice. De nouveau, les 17 et 18 avril 2018, il acquiert pour lui-même et le compte de sa famille des actions et CFD Soitec, alors que Soitec annonçait le 18 avril après Bourse un chiffre d’affaires en hausse de 42% au quatrième trimestre 2017-2018 et une nouveau relèvement de sa marge d’Ebitda annuelle, attendu à un niveau « bien supérieur à 25% ». Les titres ont été cédés en juin, juste avant la publication des résultats annuels 2017-2018 le 13 juin, annonçant une marge de 29 %, et prévoyant un recul de la marge autour de 27% pour l’exercice suivant.

L’AMF s’appuie sur un circuit plausible de transmission de l’information privilégiée, en raison des contacts amicaux entre les deux hommes, des conservations tenues entre eux, bien qu’elle ne relève aucun élément de discussions ayant trait à Soitec. Le gendarme boursier met également en avant le caractère atypique de l’investissement, peu diversifié et massif. Le montant total de l’investissement sur Soitec atteignait 1,5 million d’euros en avril 2018

La défense précise que le mis en cause avait déjà dans le passé l’habitude d’investir massivement sur un seul titre (Lagardère, Lafarge…). Quant à l’ancien directeur financier de Soitec, il explique avoir découvert lors de la première audition que son ami avait investi en titres Soitec. Dans ses anciennes fonctions de directeur financier, il se qualifie lui-même d’« ayatollah de la confidentialité ».

Les deux présumés coupables demandent une totale mise hors de cause et une anonymisation de la décision de la commission des sanctions de l’AMF, soulignant également la disproportion de l’amende demandée au regard de leur patrimoine respectif.

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