Le projet d’OPA de Veolia sur Suez vire à la guerre ouverte

le 24/09/2020 L'AGEFI Quotidien / Edition de 14H

Antoine Frérot, PDG de Veolia. Photo: Fabrice Dimier/Bloomberg

L’animosité monte entre Veolia et Suez. Antoine Frérot, le PDG de Veolia, a dénoncé sur BFM Business le « coup fourré » de Suez qui avait dévoilé la veille au soir la création d’une fondation néerlandaise pour sanctuariser la propriété de sa division eau France. « Ils ont trahi leur entreprise, leurs actionnaires, y compris Engie, ils ont même trahi la France », a lancé Antoine Frérot. Il a précisé que Veolia « [regarderait] juridiquement » la décision de Suez qui vise à le protéger du projet d’OPA de son concurrent.

Veolia propose de racheter à Engie 29,9% du capital de Suez, sur les 32,04% qu’il détient, à 15,5 euros par action, avant de lancer une OPA sur le solde. Suez qualifie ce projet d’OPA hostile.

« En plus de protéger l’intérêt social de Suez, la création de la fondation est une mesure de défense face à l’agressivité de Veolia », indique à L’Agefi une source proche de Suez qui n'avait pas vu une telle animosité dans une OPA en France depuis le raid de Mittal sur Arcelor en 2006. Cette source rappelle que la loi Florange de 2014 a modifié la donne en renforçant les moyens de défense des entreprises. Elle donne la possibilité aux organes de gouvernance d’une société de prendre des dispositions anti-OPA sans passer par l’assemblée générale des actionnaires.

Cette pilule empoisonnée n'est toutefois pas « de nature à décourager » Antoine Frérot. « Je peux abandonner le projet, je peux en lancer un autre ou je peux faire une OPA, tout est possible, nous aviserons en fonction des options qui seront disponibles », a-t-il insisté sur BFM Business. En revanche, passée la date du 30 septembre, l’offre actuelle sera « caduque », a affirmé Antoine Frérot, ajoutant qu'il y avait « urgence à décider ».

Les actionnaires de Suez grimacent

Un conseil d’administration d’Engie doit se tenir demain.

En attendant, les actionnaires de Suez grimacent. « Cette décision unilatérale, qui rend inaliénable cet actif par le truchement d’une fondation néerlandaise, constitue une violation inadmissible des droits des actionnaires en les privant de la faculté de se prononcer sur les mérites de l’offre envisagée », écrit par exemple le fonds CIAM dans un courrier adressé à Philippe Varin, le président de Suez.

L’annonce de la pilule empoisonnée fait chuter de 3,89% à 14,32 le cours de l’action en fin de matinée. Celui de Veolia perd 1,36% à 18,13 euros.

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