La décote d’Engie fragilise sa directrice générale

le 06/12/2019 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le groupe accuse un écart de 20% par rapport à ses comparables, ce qui nourrit la contestation au sein du conseil d'administration.

Engie à La Défense (92)
L’Etat reste le premier actionnaire d’Engie avec 23% du capital.
(RK.)

Le marché a compris qu'Engie avait un positionnement distinct», affirmait récemment Isabelle Kocher, la directrice générale d’Engie, dans un entretien à L’Agefi-Dow Jones. Une partie du conseil d’administration du groupe d’énergie ne partage visiblement pas son opinion. Hier, la dirigeante a dû monter au créneau dans Le Figaro pour défendre son bilan alors que plusieurs administrateurs du groupe militent en coulisses pour la non-reconduction de son mandat en mai prochain, comme l’a révélé BFM Business mercredi.

Isabelle Kocher s’oppose ainsi fermement à la vente des infrastructures gazières du groupe énergétique poussée par une partie de son conseil. «Les infrastructures gazières sont très importantes, elles font partie de notre ADN. Elles sont de plus en plus internationales et on les prépare au verdissement progressif du gaz», a insisté la directrice générale au Figaro.

Les analystes d’Oddo BHF ont un avis différent. «Les infrastructures gazières d’Engie sont des activités régulées qui croissent moins vite que le reste du groupe. Leur cession, même partielle, pourrait accélérer le profil de croissance d’Engie, avec la mise en œuvre d’une stratégie de réinvestissement sur des activités à fort potentiel», explique Oddo BHF. Une rotation des actifs qu’Isabelle Kocher a d’ailleurs initiée lors de son arrivée aux commandes en 2016 en vendant les activités énergétiques de marchés d’Engie pour réinvestir vers des métiers en croissance, comme les renouvelables, ou moins gourmands en capitaux, comme les services.

La question de l’avenir
des infrastructures gazières

Selon Oddo BHF, les infrastructures gazières, qui regroupent quatre sociétés (GRDF, GRTgaz, Elengy et Storengy), représentent une valeur d’entreprise de 33 milliards d’euros. Une fois retraités de la dette et des intérêts minoritaires, importants chez GRTgaz et Elengy, ces actifs représentent un réservoir potentiel de fonds propres de 13,7 milliards d’euros.

La question de l’avenir des infrastructures gazières, dont la vente d’une partie du capital est tout sauf une surprise puisque la loi Pacte comprenait un article sur la privatisation de GRTgaz, cache un débat plus profond sur la stratégie menée par l’équipe d’Isabelle Kocher et ses effets sur le cours de Bourse. «Certains veulent faire de la performance boursière à court terme l’alpha et l’omega d’une stratégie», déplore la dirigeante dans Le Figaro, insistant sur la performance du titre depuis le début de l’année : +15%.

Pourtant, le bilan ne plaide pas en sa faveur. Engie fait moins bien que tous ses grands comparables européens. Depuis le début de l’année, le portugais EDP a gagné 19%, l’espagnol Iberdrola 24% et l’italien Enel 32%. Même comparaison et même résultat depuis mai 2016, date de l’arrivée aux commandes d’Isabelle Kocher : Engie a gagné un tout petit 1%, quand EDP prenait 15%, Iberdrola 39% et Enel 70%.

Résultat, selon les analystes de Morgan Stanley, le titre Engie traite actuellement à environ 11 fois le bénéfice par action estimé pour 2021, «soit avec une décote de 20% par rapport aux utilities intégrées comparables».

Face à ces chiffres, certains administrateurs poussent donc pour un électrochoc. Pour se défendre, Isabelle Kocher souligne que les rumeurs de dissension avec son conseil «laissent entendre que dans une entreprise il pourrait y avoir une stratégie du management d'un côté et la stratégie du conseil d'administration de l'autre, alors que par définition c'est le conseil qui valide la stratégie de l’entreprise». Elaboré par Isabelle Kocher et ses équipes, le plan triennal présenté en février dernier a d’ailleurs été validé par le conseil.

Dans ce maelström, et alors que les syndicats font part de leurs inquiétudes face à un possible démantèlement du groupe, l’Etat, premier actionnaire d’Engie avec 23% du capital, est étrangement silencieux. Déjà englué dans les difficultés d’EDF, l’Etat comptait sur un rebond du cours de Bourse d’Engie pour vendre des actions et alimenter le fonds pour l’innovation. A 14,49 euros hier soir, le titre Engie est à peine supérieur au prix de 13,80 euros auquel il avait vendu pour la dernière fois des actions du groupe d’énergie en septembre 2017.

Hier, le conseil des rémunérations et de la gouvernance d’Engie se réunissait. Interrogé par L’Agefi, le groupe n’a pas fait de déclaration.

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