La question de la dette hybride reste cruciale pour EDF

le 18/05/2016 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

S&P a placé les obligations hybrides du groupe en catégorie spéculative. L’Etat veut anticiper les échéances.

EDF, chantier de Flamanville.
De nombreux obstacles se dressent devant EDF dont notamment le retard de l’EPR de Flamanville.
(Chantier de Flamanville. Crédit EDF.)

Il est des chiffres qui tombent bien. La ministre de l’Environnement Ségolène Royal a indiqué hier que la France fixerait à «environ 30 euros la tonne» le prix-plancher du carbone dans le prochain projet de loi de finances, en attendant une réforme du marché européen du carbone.

Stabiliser un profil financier
très dégradé

Si cette mesure se concrétisait, à partir de 2017, elle ferait les affaires d’EDF, qui souffre de la faiblesse des prix de l’énergie, et permettrait à l’électricien de stabiliser un profil financier fortement dégradé, qui lui a notamment valu vendredi la dégradation de sa dette hybride en catégorie spéculative par Standard & Poor’s. «Rapporté en terawatt/heure, un prix d’achat des énergies fossiles de 30 euros la tonne pourrait apporter environ un milliard d’euros d’Ebitda par an à EDF ; avec un taux de conversion en free cash-flow de 70%, soit 700 millions d’euros, cela pourrait amener le free cash-flow du groupe à zéro», calcule un analyste ayant requis l’anonymat. Or, le flux de trésorerie disponible est négatif depuis 2013.

EDF n’a pas souhaité faire de commentaire. Un proche évoque un prix «cohérent avec ce que peut regarder l’entreprise». A travers des cessions et des mesures d’économies, le plan stratégique «Cap 2030» prévoit un retour à un free cash-flow positif à partir de 2018. En outre, le groupe compte sur l’augmentation de capital de 4 milliards d’euros (dont trois apportés par l’Etat) et le non-versement du dividende à l’Etat pour assainir sa situation.

De nombreux obstacles

Mais étant donné les obstacles qui se dressent devant EDF (projet de réacteur EPR d’Hinkley Point, retard de l’EPR de Flamanville, coût du grand carénage...), les agences de notation ne sont pas convaincues du redressement du groupe à un terme si rapproché. Tant Standard & Poor’s que Moody’s (qui a dégradé d’un cran les notes d’EDF jeudi dernier) ont assorti le groupe d’une perspective négative.

«Nous pourrions dégrader les notes d’un cran si EDF ne parvenait pas à mettre en œuvre rapidement les mesures annoncées [...]. En outre, la poursuite du projet Hinkley Point provoquerait vraisemblablement une dégradation d’un cran étant donné ses risques d’exécution et les lourds investisseurs qu’il nécessite», justifie S&P. Or, les gouvernements britannique et français font du maintien de ce projet une priorité.

Moins un problème de surcoût
que d'accès à la liquidité

Comme l’a reconnu devant l’Assemblée nationale lors de son audition le 4 mai Thomas Piquemal, l’ex-directeur financier d’EDF, la dette hybride est importante pour le groupe : une dégradation de sa dette hybride en «junk» poserait un problème de refinancement, avait-il anticipé. «EDF ne peut pas se permettre une dégradation significative de sa note. Ce n’est pas qu’une question de surcoût, c’est un problème d’accès à la liquidité», avait-il ajouté. L’encours hybride d’EDF représente aujourd’hui 4,5 milliards de dollars, 2 milliards de livres et 4,5 milliards d’euros, pour une dette obligataire totale de 65 milliards d’euros. Les déclarations de Martin Vial dans les Echos hier sont perçues comme un élément rassurant par certains analystes : le commissaire aux participations de l’Etat a indiqué la décision de «sécuriser EDF ‘à froid’ en anticipant les échéances» via le remboursement de sa dette hybride en 2020.

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