La Bourse se fait doubler par le private equity

le 03/06/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Coup sur coup, Douglas et Center Parcs ont échappé à une IPO, les vendeurs optant pour la voie du M&A.

Douglas, maison mère de Nocibé, est vendue par Advent à un autre fonds, CVC, et ne sera pas introduite en Bourse.

C’est le jeu de la concurrence. Mais en quelques jours, les fonds d’investissement ont marqué des points face à la Bourse. Après Labco, finalement vendu à Cinven, le distributeur de parfums Douglas (Nocibé) et le groupe britannique de villages de vacances Center Parcs ont eux aussi renoncé à leur projet d’IPO. Leurs actionnaires ont préféré la voie de la cession directe à des fonds d'investissement. Une façon d’échapper au risque de marché qu’implique inévitablement une mise en Bourse.

Advent n’a pas hésité longtemps. Trois jours après avoir officialisé un projet d’IPO de Douglas, l’actionnaire de la chaîne de parfumeries a préféré la proposition de CVC. Ce dernier connaît bien le secteur: il avait acquis le numéro un danois Matas en 2007 avant de le mettre en Bourse en 2013. De quoi lui permettre d’offrir un prix élevé.

Les indiscrétions évoquent une valeur d’entreprise légèrement inférieure à 3 milliards d’euros, soit un peu plus de 8 fois l’Ebitda de la chaîne de parfumeries. Elle avait été acquise sur un multiple de l’ordre de 7 fois en 2012. Blackstone a suivi le même raisonnement pour Center Parcs UK, en préférant vendre le groupe de villages de vacances à un spécialiste de l’immobilier, l’américain Brookfield Property (lire ci-dessus).

«L’IPO sert parfoisà déclencherune opération de fusion-acquisition (M&A)», reconnaît un banquier d’equity capital market. A moins de vouloir absolument une mise en Bourse, notamment afin de permettre à la société de lever de nouveaux fonds propres, les vendeurs, qu’ils soient financiers ou industriels, préfèrent garder toutes les portes ouvertes. Le travail d’analyse financière effectué pour une IPO ainsi que les rencontres entre la direction et les investisseurs permettent aussi de fixer une forme de prix de marché pour la société à vendre.

Le cas de Labco est symptomatique. Alors que la Bourse n’a pas voulu du groupe de laboratoires de biologie médicale, les vendeurs ont immédiatement enclenché le plan B du M&A. Et si Cinven, avec ses 1,2 milliard d’euros offrait peut-être moins que ce que les vendeurs espéraient en Bourse, il leur donnait la possibilité de vendre immédiatement, à un prix ferme, 100% du capital.

Le «dual track», processus qui consiste à mener en parallèle IPO et M&A, constitue donc souvent la stratégie suivie par les vendeurs. Même s'ils ne l’avouent pas. «Les dual tracks ne sont pas toujours appréciés par les investisseurs qui hésitent à passer du temps à analyser le dossier, à rencontrer la direction, avec le sentiment de servir de lièvres aux fonds», reconnaît un gérant. Certaines expériences restent dans les mémoires des investisseurs. En 2006, pour Fraikin, Eurazeo avait entretenu la concurrence entre la Bourse et les fonds jusqu’au dernier moment avant d’opter finalement pour une cession à CVC. Pour corser l’affaire, deux équipes bancaires avaient été montées en parallèle, l’une pour l’IPO, l’autre pour le M&A, quitte à ce que l’une des deux ne soit pas récompensée au final.

Aujourd’hui, pour se prémunir de ce type de mésaventure, les banques chargées d’une IPO négocient des garanties pour être rémunérées de leur travail au cas où la société dévierait vers le M&A. «Une partie de la commission peut par exemple être perçue au moment du dépôt du document de base ou après les road-shows de la direction», explique un banquier. A défaut, elles se consolent en inscrivant l’opération de M&A dans leur palmarès annuel.

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