Altice repousse les limites de l’effet de levier

le 21/05/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

En plus du rachat de Suddenlink, pour 9,1 milliards de dollars, le groupe viserait Time Warner Cable.

Avec cette nouvelle dette, Altice porte à plus de 25 milliards d’euros le montant des différents crédits levés en un an. Illustration L’Agefi.

Patrick Drahi surgit là où personne ne l’attendait. Alors qu’il n’a pas renoncé à parfaire la consolidation des télécoms en France avec un rachat de Bouygues Telecom, l’actionnaire de contrôle d’Altice fait irruption aux Etats-Unis. Il va racheter 70% du capital de Suddenlink, le septième câblo-opérateur américain, valorisé 9,1 milliards de dollars. Pour y parvenir, Patrick Drahi utilise son arme favorite: le crédit. Altice embarque 6,7 milliards de dollars de dette supplémentaire, portant à plus de 25 milliards d’euros le montant de crédits en tous genres levés en un an.

Si certains y voient une forme de fuite en avant, Patrick Drahi est persuadé de la logique de la stratégie financière qu’il suit depuis les années 90. Les acquisitions ne font pas que gonfler la dette. Elles augmentent aussi l’Ebitda du groupe, donc sa capacité à supporter encore plus d’endettement pour réaliser de nouvelles acquisitions… et ainsi de suite. Poussé à l’extrême – les fournisseurs de SFR en ont récemment fait l’amère expérience –, le contrôle des coûts des équipes de Patrick Drahi fait le reste. Entre son acquisition au milieu des années 2000 et la fin 2014, Numericable a par exemple vu sa marge d’Ebitda passer de 25% à 46%.

La mécanique, également suivie dans le secteur par l’américain John Malone (Liberty Global), a été facilitée ces derniers mois par la faiblesse des taux d’intérêt. Fin mars 2015, Altice portait une dette nette consolidée d’un peu plus de 24 milliards d’euros, à un coût moyen de 5,9%, avec une maturité de 6,9 ans. Elle représentait 4,4 fois l’Ebitda du groupe, après synergies. Un niveau toutefois «agressif» selon les analystes crédit de Kepler Cheuvreux au regard de «risques opérationnels importants alors que la marge de flexibilité d’Altice semble limitée face à d’éventuelles erreurs de parcours et/ou de volatilité sur les résultats».

Pour limiter les risques, la dette de Suddenlink sera séparée (ring-fenced) de celle d’Altice. Les 6,7 milliards de dollars de dette, dont 1,75 milliard de dollars à émettre, seront portés par le câblo-opérateur américain. Les vendeurs BC Partners et CCP Investment, qui conserveront 30% du capital de Suddenlink, apporteront un prêt d’actionnaires de 500 millions. La part en cash d’Altice s’élèvera à 1,2 milliard de dollars. Le ratio de levier de Suddenlink atteindra 6,1 fois.

En mettant un pied aux Etats-Unis, Altice veut se placer dans le jeu de la consolidation du marché des câblo-opérateurs. «Tout ce qui se situe en dessous de Comcast (le numéro un américain du câble, ndlr) est dans un mode de consolidation», a reconnu hier Dexter Goei, le directeur général d’Altice. Il n’a pas souhaité commenter la rumeur d’une offre de son groupe sur Time Warner Cable (TWC), le numéro deux derrière Comcast. Avec une valeur boursière de 44,5 milliards de dollars, TWC serait autrement plus compliqué à financer. Mais Dexter Goei a assuré que Patrick Drahi, qui contrôle 56% d’Altice via sa holding Next, ne serait pas opposé à se diluer au capital si «une bonne opération» venait à se présenter.

Après avoir bénéficié des largesses du marché du crédit, Patrick Drahi profiterait ainsi de la bienveillance de la Bourse envers son appétit d’ogre. Hier, le cours de l’action Altice a bondi de 11,59%, portant la capitalisation boursière du groupe à un record de 31,98 milliards d’euros.

Avec cette nouvelle dette, Altice porte à plus de 25 milliards d’euros le montant des différents crédits levés en un an. Illustration L’Agefi.
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Avec cette nouvelle dette, Altice porte à plus de 25 milliards d’euros le montant des différents crédits levés en un an. Illustration L’Agefi.

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