Le climat se durcit pour les entrées en Bourse

le 15/05/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'échec de l'IPO de Labco, après celle de Solairedirect, témoigne de la sélectivité des investisseurs

Le climat se durcit pour les entrées en Bourse

La fin de l’euphorie sur les marchés actions complique les processus de levées de fonds. L’annonce par Labco, mercredi, du report de son projet d’introduction en Bourse sur Euronext Paris porte à dix le nombre d’IPO de groupes européens retirées ou repoussées depuis le début de l’année. Il s’agit du total le plus élevé depuis la même période de 2011, selon le pointage de Dealogic. Mais l’échec de Labco, après celui de Solairedirect, fin avril, témoigne aussi d’une plus grande sélectivité des investisseurs.

«Malgré le soutien rencontré auprès des investisseurs pour le business model de Labco, la société a décidé de ne pas procéder à l’introduction en Bourse en raison de conditions de marché devenues particulièrement volatiles sur l’ensemble des places financières», a indiqué le 13 mai le laboratoire d’analyse médicale. Le groupe offrait entre 440 et 474 millions d’euros d’actions, dont 320 millions bruts par augmentation de capital. Deutsche Bank et Morgan Stanley menaient le processus, épaulés par Barclays, HSBC, Natixis et CM-CIC Securities.

Le placement, entre le 29 avril et le 12 mai, s’est déroulé sur fond de correction du marché obligataire qui a contaminé les marchés actions. Sur la période, l’indice CAC 40 s’est replié de 3,8%, sous les 5.000 points, tandis que la volatilité du Stoxx 50 a légèrement augmenté par rapport à mars et à la première quinzaine d’avril, oscillant entre 21,8 et 25,2 points.

Pour plusieurs professionnels, les conditions de marché n’expliquent cependant pas tout. De sources de marché, la structure juridique particulière de Labco a pu refroidir certains investisseurs. La loi française est en effet très restrictive en matière d’actionnariat des sociétés d’exercice libéral de biologistes médicaux (SEL). Le groupe y a consacré plusieurs pages du chapitre «facteurs de risque» de son document de base.

«Ce sont surtout les craintes autour de l’encadrement des prix dans le secteur de la santé en France qui ont créé de la frilosité chez certains investisseurs, notamment français», ajoute un banquier spécialisé dans les IPO. Si l’offre a bien été couverte, à près de 1,5 fois selon des sources de marché, le prix proposé est tombé dans le bas de la fourchette de 7 à 9 euros. La qualité du carnet d’ordres, déséquilibré au profit des non-résidents, aurait laissé craindre aux banques une correction le premier jour de cotation.

«Il ne faut pas tirer du cas Labco des conclusions définitives. Les gérants ont moins de temps pour analyser les deals dans le contexte actuel et se montrent plus sélectifs», estime un autre spécialiste du primaire actions. Solairedirect en a aussi fait les frais fin avril. Les gérants n’avaient pas compris le business model du développeur de centrales photovoltaïques, dont le carnet d’ordres n’a même pas été couvert à 50%. «La société n’était pas assez mature pour venir en Bourse», estime ce banquier.

Ces accidents de parcours n’empêchent pas Eurazeo de continuer à miser sur une IPO d’Europcar avant l’été, ni CD&R et Ardian de relancer celle de Spie malgré l’échec d’octobre dernier. Le comportement des récentes IPO sur le marché secondaire prouve d'ailleurs que les gérants trient le bon grain de l’ivraie. Le vendeur en ligne allemand de couches Windeln, et les espagnols Talgo (trains) et Cellnex (télécoms), sont tous trois entrés en Bourse début mai: les deux premiers ont plongé de 18,9% et 9,2% pour leur premier jour de cotation quand le dernier gagnait 10%.

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