L’Etat gagne son bras de fer contre Renault

le 04/05/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les droits de vote double sont effectifs chez le constructeur, bien que 60,53% des actionnaires aient demandé le maintien du principe «une action, une voix».

Victoire à la Pyrrhus pour le gouvernement. Il a réussi à imposer les droits de vote double chez Renault. Mais à quel prix. 60,53% des actionnaires ont demandé le maintien du principe «une action, une voix», mais ce score n’a pas été suffisant, la majorité des deux tiers étant requise. Une heure avant le début de l’assemblée générale jeudi, le constructeur automobile avait encore publié un communiqué pour rappeler l’asymétrie considérable entre l’Etat et Nissan, le premier disposant avec la loi Florange de 28% de droits de vote et le second d’aucun, alors qu’ils détiennent chacun 15% du capital.

Le 8 avril dernier, Bercy avait annoncé l’acquisition de 4,73% du capital du constructeur automobile, via un contrat d’options croisées signé avec Deutsche Bank, afin de faire monter sa participation à 19,7% du capital et 23,2% des droits de vote, dans l’unique et seul but de peser sur l'AG et de permettre l’instauration des droits de vote double. D’ailleurs, l’Etat a prévenu dès le départ qu’il reviendrait à son niveau de détention initial très rapidement. Ses options ont une durée limitée et seront dénouées entre le 7 octobre et le 28 décembre 2015. Aussi, Denis Branche, associé PhiTrust – qui milite activement pour le principe «une action, une voix», notamment en ayant déposé une résolution ad hoc chez Vivendi et Orange – a demandé en AG à Carlos Ghosn, PDG de Renault, d’organiser une assemblée générale extraordinaire une fois que l’Etat aura revendu les 4,73% du capital acquis en avril et avant que la loi Florange ne s’applique en avril 2016.

Les actionnaires de Renault ont également contesté la rémunération de Carlos Ghosn. Alors que le «say on pay» avait enregistré en 2014 le plus mauvais score des grandes entreprise avec seulement 64% d’approbation, il n’a obtenu que 58,33% cette année. Un vrai camouflet. Répondant à une question sur le «say on pay» de 2014, Marc Ladreit de Lacharrière, administrateur, a répondu qu’il n’y avait «aucune leçon à tirer. C’est un constat».

Pourtant, le Haut comité de gouvernement d’entreprise précise que «le conseil d’administration doit porter une attention particulière lorsque le score est relativement bas». L’avenir le dira. En outre, l’indemnité de non-concurrence que le conseil a octroyée à Carlos Ghosn n’a obtenu que 63,50% des suffrages. De quoi aussi faire réfléchir les administrateurs.

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