Renault doit faire face à un Etat activiste

le 09/04/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Avec désormais près de 23% des droits de vote, l’Etat pourrait contrôler l’AG extraordinaire.

Le cours de l'action Renault est au plus haut, après un bond de 42% depuis le début de l’année. Photo RK.

L’Etat actionnaire se donne les moyens de sa stratégie. A la surprise générale, Bercy a annoncé hier «l’acquisition» d’un maximum de 14 millions de titres Renault (4,73% du capital), soit un investissement de près de 1,2 milliard d’euros au cours actuel, pour s’assurer de droits de vote double au sein du constructeur automobile. Une acquisition qui passe par un mécanisme d'emprunt de titres et d'options, mais qui devrait lui permettre de faire la loi en assemblée générale extraordinaire.

Alors que la douzième résolution soumise à l’AG du 30 avril prochain prévoit d’instaurer le principe «une action, une voix» dans les statuts, pour contrer la loi Florange instaurant les droits de vote double automatiques au bout de deux ans de détention au nominatif, l’Etat français veut peser de tout son poids pour «protéger ses intérêts de long terme, qui sont les mêmes que ceux de tous les actionnaires de long terme, et particulièrement ceux des actionnaires salariés de Renault», explique-t-il.

Avec 19,74% du capital et 22,57% des droits de vote, l’Etat a les moyens de faire échouer cette résolution nécessitant les deux tiers des suffrages. Sur la base du quorum de l’an dernier de 64,31%, l’Etat arrivera à ses fins. En revanche, avec 15% du capital mais aucun droit de vote, le partenaire japonais, Nissan, n’a toujours pas voix au chapitre.

L’Etat activiste ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin. Comme l’an dernier, il devrait s’opposer au «say on pay». Bien que cette résolution relève de la majorité simple, la fronde des actionnaires devrait s’accélérer cette année, compte tenu de la rémunération du PDG de Renault, Carlos Ghosn. Au titre de 2014, il a touché 3 millions d'euros (1,2 million en fixe, et 1,8 million en variable dont 1,4 million en actions), sans compter les actions de performance valorisées 4,1 millions d'euros, et ses 7,6 millions d’euros de rémunération touchée chez Nissan. Carlos Ghosn ne compte pas s’arrêter là, demandant en outre cette année (cinquième résolution) une indemnité de non-concurrence d'un montant égal à deux ans de la rémunération fixe et variable effectivement versée. Aussi, le taux d’opposition au «say on pay» de près de 36% l’an dernier, risque de fortement progresser cette année.

Avec sa force de frappe, l’Etat a potentiellement la capacité de faire échec à toutes les résolutions relevant de l’assemblée générale extraordinaire. En particulier, il pourrait empêcher Carlos Ghosn de se maintenir à la tête de Renault au-delà du 9 mars 2019, date de son soixante-cinquième anniversaire. En effet, la quinzième résolution propose de réviser les statuts en permettant au directeur général de conserver son poste de directeur général jusqu’à la fin de son mandat d’administrateur, soit 2022 pour Carlos Ghosn. Tandis que la quatorzième résolution relève l’âge limite du président non exécutif de 70 à 72 ans.

Pour autant, le gouvernement assure que cette opération de montée au capital de Renault «ne préfigure en aucun cas un mouvement durable à la hausse ou à la baisse sur sa participation». D’autant que le cours de l'action Renault est au plus haut, après un bond de 42% depuis le début de l’année. «Cette opération montre que l’Etat est à la fois un investisseur avisé et le défenseur de l’intérêt général», va même jusqu’à dire le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron.

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