L'APE se renforce chez Renault par un tour de passe-passe

le 09/04/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Grâce à un système de prêts de titres et d'options conclu avec Deutsche Bank, l'Etat pourra voter à l'AG du constructeur sans avoir à débourser de cash.

Cela ne dénoterait pas dans un fonds d’arbitrage. Mais venant de l’Etat, la méthode a de quoi surprendre. Le montage dévoilé hier par l’Agence des participations de l’Etat (APE) va lui permettre de mieux faire entendre sa voix lors de l’assemblée générale de Renault sans avoir à débourser de cash.

Contrairement à ce qu’indiquait hier le communiqué des ministres de l’Economie et des Finances, les actions Renault ne sont pas à ce stade acquises par l’Etat. Les titres seront empruntés par Deutsche Bank auprès d’autres actionnaires, puis transmis à l’APE. 9,56 millions de titres ont ainsi déjà été cédés à l’Etat mardi par Deutsche Bank. La seconde tranche, de 4,4 millions de titres, sera constituée dans les mêmes conditions au cours des prochains jours. C’est la réaction du cours de Bourse de Renault, ou plutôt sa non-réaction alors qu’il aurait dû logiquement bénéficier d’un flux acheteur, qui a mis la puce à l’oreille de plusieurs investisseurs. «Le bloc de 9,56 millions d’actions n’aurait jamais pu être constitué sur le marché sans provoquer de décalage visible, le volume d’échange moyen sur Renault étant d’environ 1,3 million de titres par jour», indique un investisseur.

Le contrat signé avec Deutsche Bank prévoit un mécanisme d’options de vente et d’achat qui, une fois débouclé dans une période de six mois, pourrait permettre à l’Etat de devenir formellement propriétaire des actions en question. Il aurait alors à débourser entre 814 millions et 1,2 milliard d’euros. Mais s’il n’exerce pas le mécanisme d’options, sur lequel il est d’ailleurs le seul à avoir la main, l’Etat n’aura qu’à payer la commission négociée avec Deutsche Bank.

Avec ce mécanisme, «totalement inédit», reconnaît une source proche de l’APE, l’Etat s’évite donc une sortie de cash conséquente. Mais il suscite de nombreuses interrogations chez les investisseurs joints hier par L’Agefi. L’un d’entre eux s’étonne du montage alors que «le prêt de titres avant une AG est extrêmement mal vu par les autorités de marché».

De fait, dans le rapport Mansion de 2008, l’Autorité des marchés financiers s’était penchée sur le risque des opérations de prêts-emprunts de titres en période d’AG. «Il convient, sans interdire ces opérations, d'empêcher l’utilisation du prêt de titres dans le seul but de mener une action ponctuelle à l’égard de la société», écrivait le rapport.

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