Bolloré pousse Vivendi vers la scission

le 12/09/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Devenu vice-président du conseil de surveillance, l'homme d'affaires soutient activement le projet

Vincent Bolloré. Photo: Denis Allard/REA

La nervosité entourant ces derniers jours le directoire de Vivendi masquait des agitations bien plus fortes. Le conseil de surveillance du groupe a voté hier à l’unanimité l’étude d’un projet de scission entre les activités dans les médias (Canal+, Universal et GVT) et l’opérateur de télécoms SFR. La décision finale sera prise début 2014 avant un vote en assemblée générale au printemps. Vincent Bolloré (photo), qui a poussé pour le projet, devient vice-président du conseil de surveillance au côté de Jean-René Fourtou.

Même si Vincent Bolloré n’a pas obtenu, comme il le souhaitait, une date de départ officielle de Jean-René Fourtou, la décision d’hier concrétise le nouveau contrôle de l’homme d’affaires sur Vivendi. Déjà premier actionnaire privé, avec un peu plus de 5% du capital, Vincent Bolloré pourra désormais peser de tout son poids sur la conduite du groupe. D’autant que contrairement à ce qui était attendu et voulu par Jean-René Fourtou, le directoire ne sera pas modifié.

Jean-François Dubos restera à la présidence le temps de mener à bien le projet de scission. Une fois la séparation réalisée, chaque société disposera de sa propre gouvernance. Quelques personnalités pourraient toutefois venir renforcer le directoire, composé seulement de deux personnes actuellement, Jean-François Dubos et Philippe Capron. Comme le fait remarquer une source proche du dossier, la scission réglera en quelque sorte d’elle-même la question du départ de Jean-René Fourtou dont le mandat expire en 2016, année de ses 77 ans.

Evoquée à plusieurs reprises, parmi plusieurs autres scénarios, mais compliquée en raison notamment de la dette obligataire, la voie de la scission est donc aujourd’hui clairement privilégiée par Vivendi. Les annonces des ventes des parts dans Maroc Telecom et dans Activision Blizzard ont changé la donne car elles vont permettre d'alléger fortement la dette du groupe, à environ 6,5 milliards d’euros estimé pour fin 2013.

L’objectif de la scission vise à faire disparaître la décote de holding dont souffrait Vivendi depuis des années en raison de l’absence de synergies entre ses différentes activités. Selon le conseil de surveillance, «elle devrait créer une valeur importante pour les actionnaires en leur donnant l’opportunité d’être investis dans deux véhicules bien différenciés évalués selon les normes propres à leur métier». En l’état actuel, les activités médias de Vivendi sont valorisées environ 17 milliards d’euros par les analystes d’Exane BNP Paribas, tandis que la valeur de SFR tourne autour de 10 milliards d’euros, soit 27 milliards d’euros en cumulé. La capitalisation boursière de Vivendi s’élevait hier soir à 22,3 milliards d’euros.

Vincent Bolloré a prévu de rester actionnaire des deux sociétés. La scission devrait toutefois ouvrir de nouvelles perspectives aux deux activités, notamment à SFR alors que le marché mondial des télécoms connaît une effervescence inconnue depuis la fin des années 90. Valorisé par la Bourse, et peut-être enfin rétabli des conséquences financières de la concurrence dans les télécoms en France, l’opérateur pourrait constituer une cible de choix pour un acteur français voire étranger.

A lire aussi