Le Qatar se dévoile en actionnaire activiste de Xstrata face à Glencore

le 27/06/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Qatar Holdings, deuxième actionnaire du groupe minier suisse avec 10,4% du capital, demande un relèvement du ratio d’échange de titres

Le Qatar, investisseur discret mais qui pousse ses pions sur la scène internationale à coups d’engagements diversifiés, a dévoilé hier un nouveau talent, celui d’actionnaire activiste. En l’occurrence, Qatar Holdings, filiale de Qatar Investment Authority (QIA), a bel et bien la capacité de jouer le rôle d’arbitre dans le cadre d’un projet majeur de rapprochement, celui des deux mastodontes des matières premières Glencore et Xstrata. Hier, le fonds souverain du Qatar, détenteur de 10,4% du capital de Xstrata et conseillé par Lazard, est sorti du bois en demandant à Glencore de consentir à une évolution du ratio d’échange de titres proposé pour la fusion. Une annonce de dernière minute, Glencore ayant jusqu’à demain soir seulement pour modifier son offre, une évolution ultérieure devant entraîner un report des assemblées générales prévues les 11 et 12 juillet par les deux groupes.

Le Qatar, tout en reconnaissant l’intérêt d’une union, plaide pour un ratio de 3,25 actions Glencore pour chaque titre Xstrata apporté, contre 2,8 actuellement valorisant l’offre à 16,9 milliards de livres (21,1 milliards d’euros). De quoi aux yeux de l’actionnaire turbulent permettre «une répartition plus appropriée des bénéfices de la fusion».

Le poids de Qatar Holdings est réel, puisque l’offre doit être approuvée par les détenteurs de 75% des actions Xstrata non détenues par Glencore (un tiers du capital). Des opposants totalisant 16,5% du capital de Xstrata peuvent ainsi faire anéantir le projet. Et l’avis émis par le Qatar est loin d’être le premier signal de danger. Glencore sembler ainsi voué à transiger, sur le point du ratio d’échange et sur celui des plans de rémunérations de 170 millions de livres prévus pour 73 dirigeants, qui ont eux aussi suscité la colère des actionnaires car ils ne prévoient pas de lien avec les performances du futur ensemble et sont définis en numéraire et non en titres. A lui seul, le patron de Xstrata Mick Davis pourrait percevoir 30 millions sur trois ans. Le projet de fusion dépend également de l’approbation de ces plans de rémunération.

Une source bancaire citée par Reuters décèle dans les critiques les signes d’une «coordination entre les principaux actionnaires de Xstrata». Standard Life et Schroders, actionnaires minoritaires de référence de Xstrata, ont déjà prévenu d’un vote négatif si les termes de l’offre n’évoluaient pas. Jefferies estime que Glencore devra relever le ratio d’échange à 3,0 pour emporter l’adhésion des récalcitrants.

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