Les fonds de restructuration tournent autour des groupes d’annuaires

le 25/06/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Triton a acquis un peu moins d'un tiers des créances seniors d'European Directories. Repris en LBO au milieu des années 2000, tous les éditeurs croulent sous la dette

Quelques semaines après l’acquisition de 53% du capital de AT&T Yellow Pages par Cerberus, un autre groupe d’annuaires intéresse un fonds d’investissement. Selon le Financial Times, Triton a acquis 29% de la dette senior d’European Directories, un éditeur d’annuaires basé aux Pays-Bas mais également présent en Suède, en Finlande, en Pologne, en Autriche, en Tchéquie et en Slovaquie.

Originellement détenu par 3i, European Directories (ex-Yellow Brick Road) a été racheté en LBO en 2005 par un consortium dirigé par Macquarie Capital aux côtés de la Caisse de dépôt et placement du Québec et de Nikko Principal Investment. Ils avaient alors déboursé 1,825 milliard d’euros avant de lancer le groupe dans une stratégie de croissance par acquisitions. Depuis, la concurrence de la recherche sur internet a fait chuter l’activité, rendant intenable le poids de la dette. En 2010, European Directories n’avait pu honorer le paiement d’une échéance et sa dette avait été, difficilement, restructurée.

Triton aurait acheté ce bloc de créances 240 millions d’euros. Il proposerait d’injecter 15 millions d’euros de fonds propres et d’échanger sa dette afin de détenir 90% du capital. Les autres créanciers seniors se verraient proposer d’échanger leurs 652 millions d’euros contre 62 millions de dette «super senior», 130 millions «seniors» et enfin 460 millions de dette hybride. Le holding regroupant ces intérêts détiendrait 10% d'European Directories. En revanche, les créanciers subordonnés, qui portent 598 millions de dette, seraient exclus du schéma. Le plan risque donc d’être contesté. Les autres créanciers ont d’ailleurs mandaté Deloitte pour monter un schéma alternatif.

Tous les éditeurs d’annuaires (PagesJaunes, Yell, Seat Pagine Gialle...) se trouvent aujourd’hui, à des degrés divers, confrontés au mur de dette constitué lors de leur rachat par des fonds de private equity au milieu des années 2000. Contrôlé par KKR et Goldman Sachs, PagesJaunes a engagé les discussions pour refinancer sa ligne de 638 millions d’euros exigible en novembre 2013. Pour gagner un peu d’air, l’ancienne filiale de France Télécom a suspendu tout paiement du dividende jusqu’à ce que sa dette nette représente moins de trois fois l’Ebitda, contre un ratio de 3,82 fin 2011. Mais pour de nombreux analystes, PagesJaunes pourrait ne pas échapper à une émission d’actions nouvelles.

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