Bouygues se renforce à bon prix à son capital

le 01/09/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le groupe profite de la chute de son cours pour acheter et annuler 11,7 % de ses propres actions

«Aucun projet ne nous a semblé plus intéressant que d'investir dans nos propres actions». Martin Bouygues, PDG et premier actionnaire du groupe de BTP, a annoncé hier une offre publique de rachats d’actions (OPRA) d’un montant unique en France: 1,25 milliard d’euros. Le bénéfice par action augmentera mécaniquement de 11%. L’OPRA permettra aussi au holding de la famille Bouygues, qui ne vendra aucun titre, de porter sa participation à 21,1%, 3 points de plus qu’aujourd’hui, tandis que celle des salariés passera à 23%.

«La réflexion sur la décote du groupe était ouverte depuis longtemps. La chute cet été du cours de Bourse a été l’élément déclencheur, la valorisation étant tombée à des niveaux absurdes», explique un proche du dossier. Au plus bas du 19 août (20,88 euros), qui est aussi le plus bas des huit dernières années, la valeur d’entreprise représentait 3 fois l'excédent brut d’exploitation. «A fin juin, nos fonds propres représentaient 24,6 euros par action et nous avons toute confiance dans leur qualité», ajoute Martin Bouygues.

Face à cette «bizarrerie», Bouygues a décidé de sauter sur l’occasion, avec l’appui de la banque Rothschild. Un dividende exceptionnel, comme le groupe l’a fait en 2004, n’aurait pas eu d’effet «relutif» sur le bénéfice par action. Et le plan de rachats d’actions en cours, déjà utilisé à hauteur de 3%, n’aurait permis d’acheter que 7% supplémentaires au fil de l’eau. L’OPRA s’est donc imposée. Elle permet aussi d'agir vite : l'offre sera ouverte du 11 au 31 octobre.

Si le prix offert de 30 euros par action est peu ou prou celui du début de l’année, il a été retenu car «il offre un bon équilibre entre l’effet de "relution" du bénéfice par action et la prime dont pourront profiter les vendeurs», explique un proche. La prime s’élève à 30% par rapport au cours de mardi soir, et à 29% sur la moyenne des 30 derniers jours. Hier, le cours a gagné 15,77%, remontant à 26,72 euros, mais reste sous les 30 euros de l'OPRA. En retirant les participations de la SCDM et des salariés, l’OPRA portera sur 60% du capital, donc seulement un sixième des actions en circulation pourront être apportées. D’où cet écart de prix.

«Entre nos disponibilités, rémunérées à 1%, et les lignes de crédit non tirées, nous avons 8 milliards d'euros de trésorerie, donc nous n'avons aucun problème pour financer 1,25 milliard», rassure Philippe Marien, le directeur financier de Bouygues, qui ajoute que le groupe n’a pas d'échéance obligataire avant 2013. L’OPRA «a été calibrée pour n'avoir aucun impact sur la situation financière, ni sur le coût de la dette», appuie Martin Bouygues. Moody’s a d’ailleurs attribué la note A3 à la dette hier, après prise en en compte de l’opération.

Maligne et opportuniste d’un point de vue patrimonial, «l’opération pourrait donner des idées à d’autres groupes dans la même situation», indique un banquier. Elle suscite néanmoins des interrogations sur la stratégie industrielle du groupe qui, il y a encore quelques mois, réfléchissait à se lancer dans un nouveau métier. «Nous avons étudié de nombreux dossiers depuis le début de l'année. Mais la crise d'août m'a conforté dans ma conviction qu'il était urgent d'attendre et de nous concentrer sur nos forces. Les grosses acquisitions, type Numericable (en réponse à une rumeur, ndlr), ne sont pas à l'ordre du jour», coupe Martin Bouygues.

COURS ACTION BOUYGUES VS CAC 40
ZOOM
COURS ACTION BOUYGUES VS CAC 40

A lire aussi