Verallia renonce à entrer en Bourse

le 21/06/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L’opération a été annulée hier en début de soirée faute de demande suffisante

Verallia n’entrera pas en bourse comme prévu demain. Saint-Gobain, la maison mère du fabricant de bouteilles en verre, a renoncé hier en début de soirée «en raison de conditions de marché très défavorables». Il y a quelques jours, la direction de Verallia se disait pourtant déterminée à aller jusqu'au bout. Mais deux semaines de placement n’ont pas permis de suffisamment remplir le carnet d’ordres pour obtenir un bon prix de vente. Initialement, Saint-Gobain comptait placer 40 à 46% du capital de sa filiale.

En vendant partiellement Verallia, Saint-Gobain devait empocher 785 à 958 millions d’euros, la totalité du produit de la mise en Bourse lui revenant. Le groupe de matériaux de construction s’engageait à conserver le solde du capital pendant un an. En revanche, au-delà, rien n’était arrêté. Un flou qui a semble-t-il refroidi une partie des investisseurs. Les marges du crédit syndiqué du groupe (0,825% par an) étaient assurées si le groupe conservait sa note actuelle de «BBB-» et l’équivalent chez Moody's, et tant qu’il était contrôlé par Saint-Gobain. Une fois ce soutien disparu, «cela soulevait des questions concernant le financement de Verallia», explique un gérant.

Par ailleurs, la trame du dossier a laissé certains investisseurs de marbre. «Saint-Gobain tente de vendre cette division depuis près de trois ans. Tous les fonds de private equity ont regardé le dossier, sans aller au bout. Ce n’était pas un bon signal», explique un gérant de fonds alternatif. Un autre investisseur pointe du doigt la «faible croissance de Verallia et le pouvoir relativement limité du groupe à fixer ses prix de vente auprès de ses clients». Pour 2011, le fabricant de bouteilles en verre prévoit une hausse de 3 à 5% de son chiffre d’affaires à données comparables, après une hausse de 1% en 2010. Sa marge d’exploitation s’élevait à 12%, en léger repli par rapport à 2009.

Moins sévère sur la qualité du dossier, un autre gérant de hedge fund le jugeait toutefois «un peu cher dans le contexte de marché actuel». La fourchette indicative de l’offre – entre 29,50 et 36 euros par action – valorisait le groupe entre 1,96 et 2,4 milliards d’euros, soit 3,9 à 4,3 milliards en valeur d’entreprise. Selon cet investisseur une baisse du prix, autour de 27,5 euros, aurait pu convaincre les derniers récalcitrants, mais la concession semblait trop forte aux yeux du vendeur. Ce dernier avait pourtant fait le nécessaire pour assurer le placement. Trois coordinateurs globaux et chefs de file dirigeaient l’opération: BoA Merrill Lynch, BNP Paribas et JPMorgan. Ils étaient assistés par quatre co-teneurs de lives (Banco Santander, CA CIB, SG CIB et RBS) et par cinq co-chefs de file (Banca IMI, BBVA, Commerzbank, ING et Mitsubishi UFJ).

Le report constitue un mauvais signal pour le marché des introductions en Bourse, en France, et plus généralement en Europe. Sans remonter à Canal + France, dont l’IPO a été reportée en mars par Lagardère après le tsunami au Japon, Telefonica a abandonné il y a dix jours son projet de cotation de sa filiale de centre d’appels Atento. Au cours des trois derniers mois, selon les statistiques de Bloomberg, quatorze opérations annoncées ont été finalement annulées en Europe. Verallia est la quinzième. La société doit toutefois quitter le giron de Saint-Gobain d’ici à 2015. Le groupe et son actionnaire de référence Wendel se sont engagés à vendre Verallia à cet horizon.

A lire aussi