La crise irlandaise fait peser un risque sur la dette d’Eircom

le 30/11/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le groupe contrôlé par Temasek juge possible l’an prochain une rupture de covenants sur un emprunt de 3,2 milliards d’euros négocié en 2006

Contrôlé depuis début 2010 par le fonds souverain singapourien Temasek Holdings, Eircom craint les répercussions négatives de la crise économique et financière de l’Irlande sur sa dette. La baisse des dépenses de consommation a en effet entraîné au cours des derniers trimestres une érosion accrue de l’activité de l’opérateur télécoms, tant dans le fixe que dans le mobile, alors qu’il doit supporter un endettement net de 3,15 milliards d’euros hérité d’un LBO mis en place en 2006 sous l’égide du fonds d’investissement australien Babcock & Brown avant le rachat du groupe par Temasek.

Si Eircom est parvenu à dégager un cash flow libre positif sur la période allant du 1 er octobre 2009 au 30 septembre 2010 grâce à un contrôle renforcé sur ses coûts, «il y a cependant un risque significatif que le groupe rompe les covenants financiers conclus avec ses prêteurs au cours des douze prochains mois», a déclaré le directeur financier Peter Cross. Ces covenants s’appliquent à une facilité de crédit senior de 3,2 milliards d’euros divisée en 4 tranches, avec une marge comprise entre 175 et 425 points de base au-dessus de l’Euribor à 3 mois.

Si un porte-parole du groupe interrogé par L’Agefi n’a pas souhaité donner de précision sur le niveau de ces covenants, Eircom s’est engagé à respecter un ratio minimum d’excédent brut d’exploitation (EBE) et de cash flow par rapport à sa charge d’intérêts, ainsi qu’un niveau maximum d’endettement net consolidé sur EBE. La situation est d’autant plus pénalisante que plus de 70% de la dette financière du groupe vient à échéance entre juillet 2014 et juin 2016, ce qui aurait dû lui laisser une marge de manœuvre suffisante. On notera l’existence d’un emprunt PIK (remboursable en cash ou en titres) de 606 millions d’euros à échéance 2017, avec un spread de 700 pdb au-dessus de l’Euribor.

«Outre l’effet d’une concurrence exacerbée et de la récession en Irlande, le groupe pâtit d’une structure de bilan inadaptée à son activité», juge Jonathan Moore, analyste chez Evolution Securities. Eircom estime cependant pouvoir éviter une défaillance sur sa dette en renégociant le niveau de ses covenants ou en mettant à contribution son actionnaire qui devrait alors renforcer les fonds propres du groupe afin de réduire son effet de levier, selon une procédure d’«equity cure».

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