Europcar explore des voies nouvelles pour se refinancer

le 30/09/2010 L'AGEFI Hebdo

Le groupe augmente le nombre de ses banques et complète le crédit par une émission obligataire sécurisée. Un projet de titrisation est également sur pied.

Le leader de la location de voitures en Europe recourt aux grands moyens pour asseoir son financement. Europcar vient de refinancer un prêt senior de 1,8 milliard d’euros venant à échéance en mai 2011, non sans diversifier ses sources dans un souci de sécurité.

Tirant les conséquences du resserrement de l’offre de crédit par les banques, le groupe a choisi de remplacer partiellement cette facilité par un autre crédit bancaire, de 1,3 milliard d’euros, adossé comme le précédent aux véhicules de location du groupe. « Comparé à la facilité qui avait été négociée en 2006, la nouvelle structure de financement prend en compte la moindre capacité du marché bancaire : alors que le taux d’avance (rapport entre le crédit et les actifs financés, NDLR) était de 90 % il y a quatre ans, il s’établit à 65 % maximum à présent », explique Charles Desmartis, directeur financier d’Europcar Groupe. Pour autant, la nouvelle facilité n’exclut pas une montée en charge. « Nous avons conservé la souplesse qui prévalait dans le financement précédent, l’engagement des banques pouvant évoluer chaque mois, parallèlement à la flotte financée, précise Charles Desmartis. Le crédit peut atteindre 1,7 milliard, l’intervention de nouveaux prêteurs étant possible sans adaptation de la documentation. » Signe des temps, la marge passe de 130 à 275 points de base.

Une première en France

Le crédit bancaire est d’ores et déjà complété par une émission obligataire à hauteur de 250 millions d’euros, qui assure au groupe un financement à sept ans. Pour s’adapter au mieux aux spécificités d’Europcar, l’émission prend la forme d’un financement d’actifs, une première en France. « L’émission ‘high yield’ (haut rendement, NDLR) est totalement sécurisée, étant réalisée par une entité ad hoc qui est propriétaire des véhicules loués par Europcar, objets du financement », assure Eric Cartier-Millon, associé chez Gide. Les obligataires se trouvent ainsi sécurisés à l’égal des banques. « Il a fallu, pour ce faire, réconcilier dans l’accord entre les créanciers deux logiques différentes, celle des banques qui privilégient la valeur des actifs tenant lieu de sûretés et celle des investisseurs qui veulent traditionnellement être payés tout de suite en cas de problème, quitte à réaliser les actifs dans des conditions moins intéressantes, raconte Eric Cartier-Millon. L’accès aux actifs par les obligataires est ainsi subordonné à celui des banques, moyennant une rémunération supérieure. » Les obligations versent un coupon annuel de 9,75 %, la société s’engageant en outre à ce qu’à aucun moment, le montant total de dette obligataire et de crédit bancaire ne représente plus de 95 % de la flotte.

Autre élément original du montage, la structuration du crédit prévoit dès à présent de passer le relais à un financement de marché ultérieur. « Une titrisation permettra de relayer le crédit bancaire par un financement de marché dès que le contexte le permettra, indique Eric Schaefer, sous-directeur d’Eurazeo, propriétaire d’Europcar. En attendant, les financements bancaires passent déjà par un véhicule spécial qui émet des ‘notes’, selon un schéma de titrisation privée. »

Titrisation privée

Reste encore à faire noter les titres par les agences de notation, ce qui conditionnera le schéma final. « La taille de la titrisation pourrait varier selon le niveau de notation obtenu, notamment parce qu’en fonction des aménagements de structure et de sécurités (‘surdimensionnement’) demandés par les agences, la titrisation sera plus ou moins facile dans les quatre pays prévus, expose Edith Lusson, responsable de titrisation chez Crédit Agricole CIB. La France et l’Allemagne ont des législations plus accueillantes pour ces montages que l’Espagne et surtout l’Italie. »

Mais l’appétit des investisseurs pour ce type de risque, fondé sur la valeur résiduelle des voitures et leur rachat par les constructeurs, n’est pas encore là. « Le marché ABS (‘asset-backed securities’, NDLR) pour ce type d’actifs n’a encore jamais vraiment existé en Europe, puisqu’il reposait essentiellement sur les garanties des rehausseurs, avec des tranches AAA éligibles aux portefeuilles des ‘asset managers’, explique Laurent Haik, responsable de la titrisation actifs opérationnels chez Crédit Agricole CIB. Toutefois, il existe une demande très forte émanant des ‘conduits’ sponsorisés par les banques : les structures leur proposent des engagements court terme et mieux margés que les opérations à base de créances commerciales. Ensuite, si les marchés se réveillent, à l’instar de ce qui se passe aux Etats-Unis, l’opération pourra solliciter les marchés des capitaux. » 

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