Aéroports de Paris échange ses obligations sur un mode inédit

le 13/05/2010 L'AGEFI Hebdo

Effectuée à Paris, l’opération a bénéficié d’un cadre contractuel assoupli et débouche sur des conditions de prix exceptionnelles.

Aéroports de Paris (ADP) montre la voie de la flexibilité. Loin de redouter les effets de la crise grecque sur les marchés du crédit, le groupe noté A + vient de boucler une opération d’échange et de rachat de titres obligataires d’une forme nouvelle, assortie d’une émission de 500 millions d’euros, optimisant du même coup son profil d’emprunt.

« L’objectif était d’allonger la maturité de la dette, le groupe ayant en perspective des tombées obligataires de 1,55 milliard d’euros d’ici à 2014, rappelle David-Olivier Tarac, directeur des opérations financières et des participations du groupe Aéroports de Paris. En même temps, il s’agissait de tirer parti des taux longs très favorables actuellement. Toutefois, l’écart entre les taux courts et longs étant en ce moment très élevé, un préfinancement aurait entraîné des coûts de portage excessifs. Nous avons donc préféré procéder à un échange d’obligations anciennes à coupon élevé contre des nouvelles à coupon plus bas. »

Eviter une offre publique

Une opération qu’il lui fallait effectuer à Paris puisque les trois souches obligataires visées avaient été émises sur cette place, conformément à l’actionnariat à 52 % public du groupe. Or, si les opérations de rachat et d’échanges obligataires se sont multipliées ces derniers temps, par exemple de la part de Danone ou Casino, elles ont toutes eu lieu à Londres et au Luxembourg et bénéficié ce faisant d’un cadre très simple.

ADP, de son côté, entendait bien éviter une offre publique, trop lourde et formelle. L’opération a donc été préparée en dérogeant à certains usages français. « L’Autorité des marchés financiers (AMF) a fait preuve d’une très grande écoute et nous avons pu structurer l’opération conformément aux objectifs d’ADP et aux attentes du marché, indique Sidney Studnia, responsable de l’ingénierie financière chez Société Générale. Il était notamment essentiel d’avoir des clauses de flexibilité en fonction des conditions de marché, ainsi qu’une durée limitée sur le marché, ce que ne permettent pas les procédures habituelles d’offre publique d’achat et d’échange. »

L’offre n’étant proposée qu’à un certain nombre d’investisseurs, elle pouvait légitimement rester dans un cadre contractuel. L’AMF n’a ainsi visé que le prospectus de l’émission nouvelle. De quoi permettre à l’opération de se tenir en sept jours et à l’émetteur de modifier les conditions de son rachat si besoin, pendant que les investisseurs bénéficiaient d’une documentation plus concise et se voyaient plus rapidement fixés sur leur allocation finale.

Un montage en partie intermédié

Autre point marquant, afin de maximiser son taux de succès auprès des investisseurs, le groupe souhaitait leur proposer aussi un rachat : il a prévu un montage en partie intermédié. « A côté de l’offre contractuelle d’échange par ADP, une offre contractuelle de rachat était faite par Société Générale, la banque nous échangeant ensuite les titres apportés à son offre contre de nouvelles obligations, précise David-Olivier Tarac. Selon les normes IFRS, la prime de rachat sera étalée sur la durée de vie des obligations nouvelles. » De fait, dans le cadre d’un rachat pur et simple et non d’un échange, la moins-value liée au paiement d’une prime doit être comptabilisée en charge financière l’année même de l’opération.

En pratique, la transaction a été lancée le 26 avril, malgré un contexte de marché très agité. « L’opération était prête quand les inquiétudes sur la dette grecque ont commencé à s’accentuer fin avril, relate Sidney Studnia. Toutefois, après discussions avec les autres banques du syndicat, nous avons décidé de lancer l’opération comme prévu, s’agissant d’un emprunteur d’excellente qualité, doté d’une signature très recherchée. De fait, l’opération s’est déroulée dans de bonnes conditions ; l’émetteur a pu profiter d’une courbe des taux qui s’est légèrement aplatie durant la semaine où l’opération a eu cours. »

L’émission des obligations nouvelles a été fixée avec une marge de 80 points de base, située en milieu de fourchette, et surtout, le taux global payé par l’émetteur ressort à 3,886 %, soit un prix record depuis plusieurs années. Par ailleurs, le taux de réponse positif à l’offre s’élève à 18 % - soit un encours de 220 millions d’euros, ce qui représente un succès compte tenu de la nature des investisseurs.

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