Formations en finance

Un tremplin pour l'international

le 07/05/2015 L'AGEFI Hebdo

Si les diplômes français restent prisés, les jeunes plébiscitent d’autres Places pour démarrer leurs carrières.

Un tremplin pour l'international
Remise des diplômes aux étudiants de la promotion 2013 du master de l’Edhec, au Palais des Congrès à Paris le 15 mars 2014.
(© EDHEC Business School - Hervé Thouroude)

Les formations en finance ne connaissent pas la crise. Et pour cause. Même si le contexte s’améliore, beaucoup d’écoles veillent à bien calibrer la taille de leurs promotions afin qu’elles correspondent aux besoins en recrutement des institutions financières. Ainsi, à l’université Paris-Dauphine, le master 203 « Financial markets » compte 19 étudiants en master 1 et 25 en master 2. « Notre objectif est d’atteindre 50 étudiants sur les deux ans (M1 et M2) », explique Gaëlle Le Fol, directrice du fameux diplôme fondé en 1981. A Skema Business School, le master of science (MSc) « Financial markets & investments », enseigné sur le campus de Sophia Antipolis dans les Alpes-Maritimes, a, lui, accueilli cette année 30 élèves pour environ 120 candidats. Dans les écoles parisiennes ESCP Europe et Essec, les mastères spécialisés (MS) rassemblent 70 étudiants pour la première (MS Finance), contre 63 pour la seconde (MS Techniques financières). Quant à l’Edhec, la filière « Financial economics » de cinq MSc réunit au total 750 étudiants, essentiellement sur les campus de Nice et Londres.

Des promotions cosmopolites

A l’entrée de ces programmes de niveau bac+5 ou bac+6, le processus de choix des participants est plus que jamais sélectif. Il est réalisé sur dossier, avec l’examen des notes (notamment celles des tests d’anglais comme le GMAT, le TOEIC ou le TOEFL) et un entretien oral. Dès le départ, l’expérience professionnelle est scrutée de près. « Pour les francophones, nous souhaitons retenir ceux qui ont réalisé un stage d’un an durant leur césure, indique Tarek Amyuni, directeur du MSc « Financial markets & investments » de Skema. Pour les internationaux, nous regardons les expériences. Nous essayons de déceler des potentiels. » Les diplômés des écoles d’ingénieurs sont particulièrement prisés, mais ils ne sont pas faciles à attirer en raison du peu de débouchés dans les métiers de finance de marché. « Il y a un quart d’ingénieurs dans notre MS finance, précise Philippe Thomas, directeur scientifique de ce programme à l’ESCP Europe. Nous avons 50 % d’écoles de commerce et 25 % constitués d’universitaires, de juristes, de Sciences Po et même un pharmacien ! » Si les « matheux » sont bien représentés dans ces cursus, ils viennent de plus en plus de différents pays à travers le monde. Rien d’étonnant à cela : dans le Top 10 des meilleures formations initiales en finance au niveau mondial (voir le tableau), cinq sont françaises ! A l’Essec, le MS Techniques financières est suivi par 25 jeunes (sur 63 au total) venant « d’Inde, de Chine, d’Argentine, de Singapour, de Hong Kong, d’Italie, des Pays-Bas, d’Espagne, du Maroc… », énumère Michel Baroni, responsable pédagogique des MS en finance. Les élèves étrangers constituent aussi la moitié de la promotion du MSc de Skema tandis que, dans le M2 de l’Edhec, « 52 % des étudiants sont internationaux, issus de 52 nationalités, relève Pascale Viala, directrice des masters de l’Edhec en « Financial economics ». Notre volonté est d’accueillir une part importante d’étrangers car l’international est une dimension inhérente au monde de la finance aujourd’hui. » Depuis septembre 2014, les étudiants de la filière peuvent même partir étudier à l’étranger durant tout un semestre dans l’un des établissements du réseau QTEM (Quantitative Techniques for Economics and Management) qui rassemble 11 écoles et universités dans le monde.

Pour le démarrage de leur carrière, ces jeunes diplômés privilégient l’international. Ceux de la promotion 2014 de l’Edhec sont 45 % à travailler en France, contre 52,6 % pour la promotion précédente. La moitié des 67 élèves du MS Finance de l’ESCP Europe, eux, se sont majoritairement orientés vers Londres, « où se déroule un trimestre de notre cursus, précise Philippe Thomas. Du coup, ils voient la différence avec le marché parisien et c’est ce qui les incite à postuler là-bas ». A l’Essec, les deux tiers de la dernière promotion exercent hors de France, dont la moitié à Londres. « Ils n’hésitent pas non plus à aller en Asie, note Michel Baroni. A Hong Kong, les Français sont désormais la première communauté d’étrangers, devant les Britanniques ! » L’expatriation « est bien souvent un accélérateur de carrière. Pour tous les participants du 203 de Paris-Dauphine, mais encore plus pour les étudiants qui ne sont pas passés par les grandes écoles, observe Gaëlle Le Fol. En France, un universitaire est toujours moins bien loti au niveau du recrutement qu’un élève issu des grandes écoles, financièrement, à poste équivalent, mais également en termes de postes qui lui sont proposés et donc d’évolution de carrière. » Reste que ce phénomène de départ hors des frontières de l’Hexagone inquiète certains banquiers français qui déplorent une « fuite des cerveaux ». Une analyse qui n’est pas partagée par le corps enseignant. « D’abord, certains reviennent en France après quelques années, signale Philippe Thomas. Ils peuvent par exemple rejoindre les implantations étrangères d’institutions françaises et revenir dans le cadre d’une mobilité. Quant aux étudiants non européens, ils ne sont pas attirés par la France car, pour eux, il est compliqué, sur le plan administratif, de s’insérer sur le marché du travail… » « Je crois que la morosité de l’emploi en France, le fait que les cadres bougent peu, la taille réduite de la place de Paris, tout cela décourage des jeunes qui ont envie d’un environnement professionnel dynamique où des opportunités peuvent se présenter de façon régulière », estime pour sa part Michel Baroni.

Féminisation

Fait nouveau : alors que le sujet de la mixité est devenu un enjeu de ressources humaines pour les banques d’investissement, les jeunes femmes s’intéressent davantage à ces formations traditionnellement très masculines. Dans son MS Finance à l’ESCP Europe, Philippe Thomas se réjouit de compter 21 étudiantes. « C’est un record, qui traduit un vrai sujet, dit-il. Les banques de financement et d’investissement nous demandent de leur adresser davantage de femmes pour les stages de pré-embauche car elles veulent féminiser leurs recrutements, certaines ne souhaitent même que des femmes ! » Un constat que dresse aussi Gaëlle Le Fol : « Nos étudiantes trouvent souvent un poste avant leurs camarades masculins, les banques organisent depuis quelques années des événements de recrutement dédiés aux jeunes diplômées » D’ailleurs, la major de promotion du master 203 en 2014 vient d’être recrutée par Crédit Agricole Corporate & Investment Bank. Néanmoins, la tendance n’est pas visible dans tous les cursus, et si les écoles d’ingénieurs s’efforcent désormais de féminiser leurs rangs, les femmes ingénieurs ne s’orientent pas en priorité vers des établissements financiers, et donc n’optent pas pour des formations spécialisées en finance. Autre nouveauté : à l’heure des « fintech » (start-up spécialisées dans les services financiers), les profils de jeunes entrepreneurs en devenir peuvent trouver leur place dans ces programmes de haut niveau. « Certains jeunes diplômés abandonnent des carrières toutes tracées dans le secteur de la finance pour se consacrer à l’entrepreneuriat. Ce choix n’existait pas il y a quelques années, remarque Marc Fournier, associé et cofondateur de Serena Capital, professeur à l’ESCP Europe et directeur scientifique du mastère spécialisé « Innover et Entreprendre ». Dans un monde digital où tout avance à grande vitesse, les jeunes ne souhaitent plus attendre 10 ou 15 ans pour obtenir un poste à responsabilités, ils veulent une évolution rapide, avoir leur destin entre leurs mains ». Les acteurs de la finance ont intérêt à s’adapter…

Master ou mastère...

-Master : grade qui correspond à un diplôme de niveau bac+5 reconnu par le Ministère de l’Education nationale.

-Mastère spécialisé (MS) : label créé par la Conférence des Grandes Ecoles (CGE) pour des diplômes spécialisés délivrés par des écoles de commerce ou d’ingénieurs à des titulaires d’un bac+5.

-Master of science (MSc) : autre label de la CGE, créé en 2002, de niveau bac+5. Il vise principalement des étudiants étrangers désireux de parfaire leur formation dans une grande école française.

A l’Essec, le MS Techniques financières est suivi par 25 jeunes  (sur 63 au total) venant d’Inde, de Chine, d’Argentine, de Sing
ZOOM
A l’Essec, le MS Techniques financières est suivi par 25 jeunes (sur 63 au total) venant d’Inde, de Chine, d’Argentine, de Sing

Sur le même sujet

A lire aussi