Formations en finance

Métiers de la conformité, la guerre des talents se prépare

le 07/05/2015 L'AGEFI Hebdo

Inexistante il y a encore cinq ans, l’offre de formation initiale spécialisée dans ce domaine se développe pour créer un vivier de jeunes experts.

Métiers de la conformité, la guerre des talents se prépare
Dotés du master 2 de l’université Paris I Panthéon-Sorbonne (photo), tous les étudiants sont embauchés dans les quatre mois qui suivent l’obtention du diplôme.
(rea)

C’est en pleine crise de l’euro, en 2010, qu’est né le master 2 « Contrôle des risques bancaires, sécurité financière et conformité », délivré conjointement par l’université Paris I Panthéon-Sorbonne et l’Ecole supérieure de la banque (Centre de formation de la profession bancaire). Le lancement de ce diplôme a été suivi l’année suivante par le master 2 « Financial regulation and risk management » de Science Po, puis par le master 2 « Gestion d’actifs, contrôle des risques et conformité » de l’IAE de Caen. La filière de la conformité poursuit son développement. En septembre prochain, l’université Paris Ouest, en partenariat avec l’Ecole supérieure de la banque, se lancera à son tour avec un master 2 « Opérations de marché et régulation des risques » « qui sera plus orienté vers la banque de financement et d’ investissement (BFI) et la gestion d’actifs », confie Luc Roux, directeur du marketing et de la commercialisation de l’Ecole supérieure de la banque.

Du terrain aussi

Pour attirer les étudiants des formations en banque-finance, économie, droit ou gestion, ainsi que les diplômés des écoles de commerce et d’ingénieurs, ces cursus ont adopté des positionnements différents. L’idée du master 2 dirigé par Jézabel Couppey-Soubeyran a toujours été de former des personnes dotées d’une approche économique des métiers de la conformité et du contrôle interne, et d’une approche globale du risque : « Tous nos enseignements visent à leur faire comprendre que la conformité et le contrôle interne sont des éléments indispensables à la régulation du système financier qui vont leur permettre de faire fonctionner leur entreprise en bonne intelligence avec la réglementation. » Pour atteindre son objectif, le programme s’appuie sur trois grands volets. Le premier est consacré aux enseignements fondamentaux, avec des séminaires sur l’économie bancaire, la finance comportementale, l’économie de la réglementation bancaire ou l’éthique de la finance. Le deuxième volet, celui des enseignements professionnels, est dispensé à l’Ecole supérieure de la banque par les responsables conformité de grandes banques. «  Le troisième volet, c’est celui du terrain, complète Jézabel Couppey-Soubeyran. Tous nos étudiants sont en effet en contrat d’apprentissage au sein des départements risques et des directions de la conformité ou du contrôle permanent de banques comme Société Générale, BNP Paribas ou Crédit Agricole. »

Le master 2 de Science Po a, lui, été créé pour nourrir en experts juniors les entités de régulation. Là encore, le diplôme est structuré en trois blocs d’enseignement consacrés à l’audit, à la réglementation et au management du risque. « A la fin de la formation, nos élèves  maîtrisent la réglementation et l’impact du choc réglementaire sur les comptes des banques, souligne Guillaume Sarrat de Tramezaigues, responsable de ce master. Ce qui leur permet de savoir ce qui doit être audité en priorité, et de connaître les comportements des agents qui vont chercher à contourner ou interpréter de manière hasardeuse la réglementation. »

Ce que Guillaume Sarrat de Tramezaigues n’avait pas prévu, c’est que les étudiants ne rejoignent pas les rangs du régulateur à l’issue du programme… « On les retrouve dans les inspections générales et dans les BFI où ils font beaucoup de M&A (fusions-acquisitions, NDLR) et très peu de risques et de conformité », remarque-t-il. Pour expliquer ce décalage, le responsable de Sciences Po avance deux hypothèses. « Les métiers de la conformité privilégient une approche très normative qui laisse peu de place aux recommandations ou aux modifications de processus, ce qui fait fuir les jeunes. L’autre frein, c’est la rémunération. Les postes chez le régulateur restent moins bien payés que ceux offerts  dans les banques ou les sociétés d’assurances, constate Guillaume Sarrat de Tramezaigues, qui se console toutefois grâce à un taux de placement de ses étudiants particulièrement élevé. Sur les 19 élèves  de la dernière promotion, 18 ont été embauchés immédiatement en CDI dans des grandes banques françaises et anglo-saxonnes, et à l’étranger pour 74 % d’entre eux. » Salaire moyen à l’embauche : 58.200 euros pour la promotion 2014.

Du côté du master 2 de Paris I, la totalité des étudiants est également embauchée dans les quatre mois qui suivent l’obtention du diplôme. Avec des débouchés conformes aux objectifs de la formation. « Les deux tiers rejoignent les départements risques ou conformité ou l’inspection générale des banques, avec des niveaux de salaire qui oscillent entre 35.000  euros  et 45.000 euros brut par an, précise Jézabel Couppey-Soubeyran. Le dernier tiers rejoint les cabinets d’audit actuellement très friands de ce type de profils. » Une guerre des talents aura bientôt lieu autour des jeunes « pros » de la conformité…

En septembre, l’université Paris Ouest, en partenariat avec l’Ecole supérieure de la banque, se lancera avec un master 2« Opérations de marché et régulation des risques »

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