Ces labels gagnants de la finance

le 17/07/2014 L'AGEFI Hebdo

Pour passer les certifications du CIIA et du CFA, certains cadres du secteur financier décident de retourner sur les bancs de l’école.

Ces labels gagnants de la finance
(Fotolia)

Auparavant, j’étais gérant privé. Afin d’évoluer vers la gestion OPCVM, mon manager, qui apprécie beaucoup la Sfaf [Société française des analystes financiers, NDLR], m’a proposé de préparer le CIIA – Certified International Investment Analyst – et de le financer en intégralité », raconte Renaud Ramette, 38 ans, gérant de portefeuille OPCVM au sein de la société de gestion Promepar, filiale du groupe Bred Banque Populaire. « C’était aussi un souhait personnel car je voulais mettre à jour mes connaissances financières », ajoute celui qui vient de décrocher le CIIA après dix-huit mois de formation. Pour bénéficier d’une promotion au sein de leur entreprise, changer d’employeur ou entamer une reconversion professionnelle, certains cadres de la finance décident de préparer les examens du CIIA à la Sfaf ou du Chartered Financial Analyst (le fameux CFA), deux « labels » qui font autorité dans le secteur. « L’analyse financière est aujourd’hui un dénominateur commun à de nombreux métiers : la communication financière, les directions financières des entreprises cotées, l’analyse environnementale, sociale et de gouvernance, l’analyse crédit, la gestion d’actifs… », rappelle Valérie Maillard, directrice du centre de formation de la Sfaf.

Succès en Asie

Le CIIA, qui fête ses dix années d’existence, a été lancé par la Sfaf afin de donner une dimension internationale à son cursus. En France, plus de 440 professionnels de la finance sont à ce jour détenteurs de ce diplôme reconnu dans 34 pays. Cependant, contrairement à son concurrent américain CFA, il n’est pas reconnu en Amérique du Nord. « Il l’est en Chine et à Hong Kong et c’est justement là l’une de ses forces, défend Valérie Maillard. Beaucoup de nouveaux inscrits à la formation diplômante sont dans des pays asiatiques. »

En France, les professionnels s’y intéressent aussi. « Le CIIA et le CFA sont à mes yeux des accréditations aux métiers d’analyste et de gérant, considère François Seurre, diplômé du CIIA en 2003 et formateur à la Sfaf depuis huit ans. Je pense même que l’obtention du niveau 1 à ces examens devrait être rendue obligatoire pour pouvoir exercer ces professions. » Entre le CIIA qui est un diplôme et le CFA qui est une certification professionnelle, le cœur des financiers balance. Analyste crédit sur le secteur de l’assurance au sein d’une banque de financement et d’investissement (BFI) française, Maximilien Becq a entamé la préparation du CIIA en septembre 2013. « Par comparaison avec le CFA, il offre une meilleure flexibilité en termes de passage des examens. Deux sessions par an sont organisées pour chacun des trois niveaux. En cas de rattrapage, les candidats ne repassent que les blocs de matières ratés », souligne le jeune homme de 29 ans. « Pour le CFA, il faut attendre une année pleine pour repasser les niveaux 2 et 3, et ce dans leur intégralité », précise l’analyste crédit qui a passé avec succès les niveaux 1 et 2 du CIIA en mars et en juin.

Investissement personnel

Ces cursus sont extrêmement sélectifs. Pour réussir le CFA, il faut atteindre un minimum passing score, soit une note minimale. Le taux de réussite illustre la difficulté du programme. En juin 2013, il a été de 38 % pour le niveau 1, de 43 % pour le niveau 2 et de 49 % pour le niveau 3. Le CIIA est tout aussi exigeant : en mars 2014, le taux de réussite a été de 52 %. Olivia Tangomo est candidate au niveau 3 du programme CFA. « C’est une référence au niveau mondial. L’examen est extrêmement difficile, c’est aussi cela qui m’a attirée », confie cette trentenaire qui occupe actuellement le poste de contrôleur financier chez Société Générale Corporate & Investment Banking (SG CIB). Son parcours est atypique. « Après deux années de médecine, j’ai réussi une maîtrise de molécules et matériaux. En 2008, la crise financière a attiré mon attention sur le secteur bancaire et je cherchais justement une autre formation afin d’avoir une double compétence. Je voulais comprendre cette industrie, ses mécanismes, son fonctionnement », se souvient celle qui découvre alors le CFA et commence à travailler dans la banque.

Le constat est unanime : le CFA et le CIIA demandent un grand investissement en temps et en travail personnel. Une implication qui n’est pas à la portée de tous. « Il est vrai que ces titres constituent un gage de valeur sur le plan professionnel, admet Emmanuelle David, 29 ans, analyste crédit en ingénierie financière chez Crédit Agricole Corporate & Investment Bank (CA CIB), qui n’est pas détentrice d’une de ces certifications. Je n’aurais pas assez de temps à y consacrer. Peut-être y songerais-je à moyen ou à long terme. » Quelque 300 heures sont nécessaires à la préparation de chacun des trois niveaux du CFA. « C’est un peu un retour aux années étudiantes ! Le défi étant de combiner un rythme intensif de formation avec son activité professionnelle », explique Maximilien Becq. Lui suit des cours en présentiel à la Sfaf, c’est-à-dire au sein d’une promotion d’élèves avec des intervenants qui sont des financiers expérimentés : « Les cours se déroulent en semaine, généralement de 18 à 21 heures, ou le samedi matin, durant un an et demi ». Le CFA, lui, se prépare sans cours en face à face, à l’aide de livres et de supports sur Internet.

Coût financier

Des cours de préparation privés existent… mais ils ont un coût, qu’il faut ajouter à ceux des certifications elles-mêmes. Pour le CFA, les frais d’administration à la première inscription à une épreuve sont de 440 dollars (323 euros) et ceux pour chaque examen de 620 dollars (455 euros). Quant au CIIA, le tarif pour le parcours présentiel est de 14.082 euros hors taxes (4.703 euros hors taxes en mode distanciel). Comme ces accréditations permettent aux établissements financiers de valoriser leurs analystes et leurs gérants auprès des clients et des investisseurs, les DRH sont assez enclines à les financer. Maximilien Becq a ainsi pu compter sur le soutien de sa BFI. « Ce fut un choix personnel de préparer le CIIA. Néanmoins j’ai été accompagné par la DRH de mon entreprise qui a pris en charge le financement de ce diplôme, notamment dans le cadre du droit individuel à la formation (DIF). » Olivia Tangomo a, elle, pris en charge à ses frais les niveaux 1 et 2 du CFA à l’époque où elle exerçait au sein d’une autre banque. « Lorsqu’on arrive au niveau 3, cela démontre une réelle motivation. Par conséquent, mon manager et les RH chez SG CIB étaient tout à fait d’accord pour me soutenir financièrement pour ce niveau, ainsi que des cours complémentaires », raconte-t-elle.

Les deux « labels » ont aussi des points communs. Avec leurs communautés de membres et de certifiés, ils offrent des réseaux internationaux à leurs élèves. « Il n’y a pas que l’examen et la certification. Etre candidat ou certifié permet de rejoindre un réseau de professionnels de l’investissement qui contribue au développement de l’industrie financière et au respect des intérêts des investisseurs », tient à souligner Olivia Tangomo. « On accède à un réseau, à travers une promotion d’étudiants, aux réunions d’anciens, aux réunions d’émetteurs… », confirme Renaud Ramette.

Si ces bagages académiques sont réputés, ils ne suffisent pas, mettent en garde certains financiers seniors. « Ce ne sont pas ces titres qui font un bon analyste, prévient Guillaume Delaby, 47 ans, analyste financier service pétrolier chez SG CIB. Un analyste se pose à la fois des questions rituelles et des questions ‘a priori’ inattendues. C’est quelqu’un qui questionne l’information publique des sociétés et qui cherche à détecter ce que sera l’opinion moyenne du marché au cours des six prochains mois. » Les travaux des analystes ne doivent pas uniquement reposer sur des éléments purement financiers. « L’analyse financière est le résultat d’un véritable cheminement intellectuel qui se nourrit, selon moi, de conversations avec les sociétés et leurs PDG mais aussi avec des experts, d’anciens dirigeants… », rappelle ce diplômé de la Sfaf en 1998. 

Un cursus difficile et sélectif, au faible taux de réussite
Un guide pour éviter les conflits d’intérêt

En décembre, l’Autorité des marchés financiers (AMF, photo) a publié ses positions et recommandations sur l’analyse financière, applicables au plus tard le 30 juin 2014. Le régulateur français consacre une partie de ce guide aux conflits d’intérêt et aborde notamment les relations avec les émetteurs. Concernant le corporate access, qui consiste à la mise en relation des dirigeants d’entreprise avec des gérants par le biais de courtiers, l’AMF recommande de « limiter les liens entre la détermination de la rémunération de l’analyste et le nombre de ‘road shows’ et autres réunions qu’il obtient pour ne pas favoriser un rapprochement […] qui pourrait nuire à son indépendance ». En outre, le gendarme de la Bourse interdit tout lien entre la rémunération individuelle d’un analyste et des revenus générés par une opération de marché primaire, quelle que soit la taille de l’établissement. Autre règle à propos des frais professionnels : si un émetteur peut prendre en charge « le remboursement de billets de train Eurostar », les notes de frais de « séjours en hôtel de luxe » sont, elles, interdites.

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