Alternants, prenez vos références !

le 22/05/2014 L'AGEFI Hebdo

Dans les métiers de la banque et de la finance, les recruteurs choisissent soigneusement leurs jeunes. Leurs partenariats avec les formations sont leurs viviers privilégiés.

Alternants, prenez vos références !
(Fotolia)

Lorsqu’en mars 2013, Sarah Letellier, étudiante du master responsable des ressources humaines (RH) de l’Ecole Sup des RH, se met en recherche d’une entreprise pour être alternante, elle ne met pas longtemps à décrocher un contrat d’apprentissage. Trois mois plus tard, elle passe un entretien avec celui qui est devenu son tuteur chez Axa France. « C’est mon école qui m’a fait part de ce poste, puis j’ai été contactée par l’entreprise. Le partenariat entre l’Ecole Sup des RH et Axa France m’a aidé », raconte la jeune femme de 23 ans, en alternance depuis octobre 2013 pour une période de deux ans. Elle sera diplômée l’année prochaine, tout comme Alexandra Mignerey, alternante en audit pour les entreprises de taille moyenne chez Deloitte. Cette étudiante de l’Essec a pensé à ce type de contrat dès sa première année d’études. « L’Essec fait partie des écoles de commerce parisiennes qui favorisent beaucoup l’alternance, dit celle qui a été recrutée lors d’une journée organisée par le groupe d’audit. Venir d’une école reconnue permet d’obtenir des entretiens, mais c’est ensuite au candidat de faire ses preuves. »

Engouement

Si les contrats d’apprentissage – la formule la plus répandue – ont chuté de 8 % en 2013 sous l’effet de la réduction de l’aide à l’embauche d’apprentis, les entreprises du secteur financier continuent, elles, à en accueillir des milliers chaque année. « Depuis 2010, nous avons accru de 46 % le nombre d’alternants au sein du groupe », indique Laurence Lavanant, responsable campus management et pré-recrutement chez Société Générale, où 1.400 contrats d’apprentissage ou de professionnalisation sont proposés cette année. « En 2014, nous visons un objectif de 1.750 contrats, dévoile pour sa part Isabelle Sachot-Moirez, responsable du recrutement de BNP Paribas. L’objectif de l’an passé de 1.550 a été dépassé pour atteindre 1.775 contrats. » Selon Catherine Jovenel, directrice de l’alternance et des relations avec les universités du Centre de formation de la profession bancaire (CFPB), « le secteur bancaire compte en France 8.300 alternants dont 4.000 formés par le CFPB » .

Processus sélectif

Dans le large éventail des formations en France, les recruteurs des métiers de la banque et de la finance choisissent soigneusement ces jeunes. Le plus souvent, ils viennent des viviers créés grâce aux multiples partenariats avec les établissements de l’enseignement supérieur. Au forum de l’alternance de BNP Paribas qui se tiendra ce samedi au concept store de la banque à Opéra, le millier d’étudiants invité a été sélectionné « dans des écoles et des universités que nous connaissons de longue date, comme Paris-Dauphine, Paris XII, Paris XIII, l’Inseec, des écoles d’ingénieur…, explique Isabelle Sachot-Moirez. Nous avons entre 30 et 40 partenaires parmi les écoles et les universités proposant de l’alternance de niveau master 2 ».

Même approche chez Société Générale qui a pré-sélectionné les candidats attendus aux journées « Join our team today » organisées début juin pour dénicher des profils universitaires et informatique. « Nous avons 50 formations cibles ainsi qu’une cartographie de toutes les formations en alternance en France. Notre souhait est de diversifier nos alternants avec des profils d’écoles de commerce, d’universités et d’écoles d’ingénieurs », déclare Laurence Lavanant. Chez BPCE, « nous les pré-sélectionnons auprès du CFA interbancaire ou des universités et nous les rencontrons également en entretien », affirme Maryse Vepierre, responsable recrutement, management de la diversité et mixité à la DRH du groupe.

Il arrive même qu’une formation en alternance soit conçue pour les besoins d’un métier. Jean-Marc Mickeler, associé et DRH de Deloitte se félicite de la « promotion entièrement Deloitte » qui vient de se créer à l’Ecole supérieure de gestion et d’expertise comptable (ENGDE). En septembre prochain, 25 étudiants de niveau bac +3 rejoindront le groupe d’audit avec des contrats de professionnalisation. Pendant deux ans, ils travailleront auprès d’auditeurs tout en préparant le diplôme supérieur de comptabilité et de gestion (DSCG). « Nous avons été à l’initiative de ce partenariat, se réjouit le DRH. Nous sommes très impliqués, à la fois sur la sélection des étudiants et sur le contenu académique du programme. »

Si les recrutements sont sélectifs, ils ne sont pas pour autant élitistes. Les entreprises nouent en effet de nombreuses alliances, notamment avec des universités, afin d’inclure dans leurs équipes de juniors des profils différents de ceux des grandes écoles, et de tous les niveaux d’études. « Nous souhaitions depuis longtemps ouvrir nos métiers aux bac +3 afin d’injecter une nouvelle source de diversité dans nos recrutements », confie ainsi Jean-Marc Mickeler. C’est aussi ce qui a incité HSBC France à élargir sa politique d’alternance. « Durant les cinq dernières années, la banque d’investissement a été la plus concernée par ce dispositif avec des profils bac +4, +5, rappelle Nadine Bazantay, campus manager. En 2013, nous avons ouvert ce type de contrat à tous nos métiers – notamment le réseau – avec des profils allant du bac au master. » Le volume d’alternants a doublé au sein de la banque où exercent aujourd’hui entre 300 et 320 jeunes. « Nous souhaitons en recruter 250 cette année », dit Nadine Bazantay. Dans d’autres groupes bancaires, l’effet inverse se produit. « On est passé de 90 % d’alternants dans les réseaux et 10 % dans les autres métiers du groupe à une répartition de 65 % dans les réseaux et 35 % dans la gestion d’actifs, la banque de financement et d’investissement (BFI), les fonctions supports… », observe Isabelle Sachot-Moirez chez BNP Paribas.

De plus en plus, l’expansion de ces contrats est visible dans certaines activités très prisées des jeunes diplômés, comme la BFI. « Nous avons considérablement renforcé notre politique d’alternance au cours des huit dernières années et elle commence à s’ouvrir aux métiers du ‘front office’, souligne Jonathan Abikzir, responsable recrutement chez Crédit Agricole Corporate and Investment Bank (CA CIB), où une dizaine de partenariats ont été conclus avec des cursus spécialisés en finance de niveau licence et master. Par exemple, nous recrutons entre six et sept alternants chaque année  pour nos activités de financements structurés. »

Relations de confiance

D’octobre 2011 à octobre 2012, Wesley Rouffet a été alternant en middle office chez CA CIB, tout en suivant les cours du master 2 management des opérations de marché (MOM) à l’université de Lyon 2. Le partenariat de longue date de la banque avec le programme MOM lui a ouvert les portes de cette BFI. « J’y avais déjà réalisé un stage de master 1. Le service concerné par le poste venait d’être créé et je voulais participer à sa mise en place. » Comme la grande majorité de ces jeunes, son objectif était double : être diplômé, puis recruté au sein de l’entreprise. « La question n’avait pas été évoquée au moment de mon embauche, toutefois j’espérais qu’à la fin de mon apprentissage, je pourrais obtenir un contrat à durée indéterminée (CDI) », raconte le jeune homme. A l’époque, la période de turbulences que traverse la filiale du Crédit Agricole ne permet pas de lui proposer le CDI espéré. Mais, lorsqu’il postule plusieurs mois plus tard à une offre d’emploi en risque de marchés repérée sur le site Internet, il est dans la position idéale pour décrocher le poste. « L’alternance permet aux entreprises de nouer avec des jeunes des relations de confiance qui permettront de favoriser leur recrutement futur », dit celui qui travaille depuis un an dans le département des risques de marchés chez CA CIB.

Alexandra Mignerey ne cache pas son intérêt pour une embauche chez Deloitte à l’issue de ses deux années d’alternance. « Mon expérience professionnelle se déroule actuellement très bien mais j’ignore encore si je serai recrutée au terme de mon contrat d’apprentissage fin 2015. C’est une option qui m’intéresserait  », glisse l’étudiante de l’Essec. Une perspective à laquelle songe aussi sérieusement Sarah Letellier : « Si, à la fin de mon contrat, Axa France me proposait un CDI, je l’accepterais. »

Un moyen, pour les entreprises, d’intégrer dans les équipes des profils différents de ceux des grandes écoles

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