Actuaire, un métier anti-crise !

le 19/06/2014 L'AGEFI Hebdo

Pour fidéliser ces experts en calcul de risque très recherchés, les entreprises font tout pour accompagner leurs carrières.

Actuaire, un métier anti-crise !

Au 13e congrès des actuaires qui se tient ce 20 juin à Paris (84,3 % de ces professionnels travaillent en Ile-de-France), les « architectes du risque », selon l’expression de l’un d’entre eux, auront plaisir à discuter des nombreux sujets qui animent leur communauté. Il faut dire qu’à l’heure où l’emploi des cadres souffre de la conjoncture, les actuaires, eux, ne connaissent pas vraiment la crise. « Les profils dotés de deux à huit années d’expérience sont particulièrement recherchés », observe Nicolas Ladoucette, dirigeant d’Actualise Search & Selection, cabinet de chasse de têtes spécialisé dans l’actuariat. Si ce dernier est basé à Londres, 80 % de ses missions concernent le marché français. « L’impact de Solvabilité II joue davantage sur les cabinets de conseil qui sont très demandeurs que sur les groupes d’assurance, leurs principaux employeurs, qui restent timorés, explique le chasseur de têtes. Et il faut aussi rappeler que recruter des actuaires a un coût…élevé. »

Inflation sur les salaires

Depuis 2009, les salaires de ces experts bénéficient d’une tendance à la hausse qui n’est pas contrariée à ce jour. Dans le conseil et l’assurance, les juniors affichent des rémunérations fixes situées entre 38.000 euros et 40.000 euros par an. Après dix années d’expérience, elles peuvent dépasser 80.000 euros dans les deux secteurs (lire le tableau page 40). Dans ce contexte, les employeurs (compagnies d’assurance, cabinets de conseil, institutions de prévoyance, groupes d’audit…) ont compris que la rétention des talents ne devait pas être négligée. Ainsi, de plus en plus d’actions RH sont mises en place pour gérer et accompagner les carrières de ces professionnels issus de formations scientifiques de haut niveau.

Formation continue

Chez BNP Paribas Cardif, un dispositif continu a été déployé pour les 400 actuaires qui exercent en France et à l’international : une formation initiale d’une semaine, des conférences téléphoniques régulières pour échanger sur des sujets techniques de leur choix, un séminaire biennal pour les confirmés et la création d’une communauté permettant le partage d’information.

Mohamed Baccouche, lui, a rejoint Axa France après ses études à l’École nationale de la statistique et de l’administration économique (Ensae), une des dix formations reconnues par l’Institut des actuaires (IA). « Lorsque je suis arrivé, j’étais chargé d’études actuarielles. Puis j’ai gravi les échelons », raconte celui qui occupe aujourd’hui le poste de responsable de l’actuariat assurance de personnes chez Axa France. C’est justement l’évolution interne qui a incité ce spécialiste de 42 ans à ne pas changer d’employeur en quatorze ans. « Si je suis resté fidèle à mon entreprise, c’est parce que l’on peut innover chez Axa France !, souligne-t-il. Il y a ce côté entrepreneur dans un grand groupe et j’ai toujours été encouragé par le management, notamment en élargissant mes champs d’intervention. J’étais dans l’action et je voulais mettre en œuvre mes idées. Il est important pour un actuaire d’avoir les moyens de son action, tient à ajouter ce professionnel, d’abord afin de s’épanouir mais aussi pour rester créatif et innovant, car le nerf de la guerre est vraiment là. »

D’ailleurs, pour répondre à ce besoin constant d’innovation, l’une des principales spécificités de la profession consiste à devoir se former en continu. L’IA a en effet instauré une règle pour ses membres : attester tous les ans leurs démarches de formation afin de pouvoir conserver la certification délivrée par l’IA. Depuis le 1er janvier 2013, le titre d’actuaire certifié de l’institut n’est accordé qu’à ceux ayant satisfait à cette obligation. Dans le cas contraire, le titre est retiré par l’IA qui diffuse la liste des professionnels concernés sur son site Internet. Pour accompagner cette nécessité de développement professionnel, et retenir leurs experts en calcul des risques, les entreprises épaulent leurs actuaires sur le terrain de la formation. « Nous permettons à de plus en plus de collaborateurs de suivre des formations continues permettant d’obtenir le diplôme reconnu par l’IA. Et nous la finançons intégralement », explique Pierre Arnal, directeur général d’Actuaris, cabinet de conseil en actuariat, où la moitié des 115 salariés est actuaire.

Evolution normée

Son concurrent Optimind Winter a adopté la même approche, comme l’indique Julie Norguet, DRH de ce cabinet qui emploie 180 personnes, dont 70 actuaires : « Nous incitons nos consultants en actuariat à se former auprès du Centre d’études actuarielles et du Conservatoire national des arts et métiers afin d’avoir le statut reconnu par l’IA. A ce titre, chaque année, nous accompagnons plusieurs de nos collaborateurs dans ce type de parcours ». En outre, l’évolution s’effectue naturellement dans le secteur du conseil, où les nouveaux arrivants progressent en franchissant différents paliers qui correspondent à des grades (junior, junior confirmé, manager, senior manager etc.).

« Les parcours sont très suivis et très normés chez Actuaris, déclare son dirigeant. Un jeune arrivant peut tracer toute sa carrière. Il y a une dizaine de grades. Certains d’entre eux sont structurants, c’est-à-dire qu’ils ouvrent l’accès à des postes de management ou d’associés, et donnent lieu à des ‘assessments’. »

Evaluations serrées

Qui dit évolution, dit aussi…évaluation. Les actuaires consultants voient leurs missions scrutées de très près par leurs managers et leurs DRH. Actuaris a ainsi créé un processus interne, le « work excellence », qui permet aux collaborateurs de disposer d’une grille d’analyse et d’évaluation du parcours complet, du poste de stagiaire à celui d’associé. « Il faut maintenir un contact important et régulier, affirme la DRH d’Optimind Winter. C’est pourquoi, parallèlement aux entretiens annuels, nous menons aussi depuis quelques années des entretiens trimestriels qui consistent en des points formels entre les consultants et leurs managers afin de faire le bilan de l’état d’esprit du collaborateur, l’avancement de ses missions. Le cas échéant, nous lançons rapidement les actions utiles permettant de l’accompagner au mieux, comme la mise en place de formations par exemple. »

D’autres initiatives visent à étendre les compétences des actuaires dans le domaine du management, où ils ne sont pas toujours à l’aise. « Le management est un vrai sujet pour eux car leur formation initiale ne les y prépare pas, relève Pierre Arnal. On constate une nette différence sur ce point par rapport aux personnes issues d’écoles de commerce. Il s’agit de profils que nous recrutons également pour favoriser la diversité. » Arrivée en 2005 chez Actuaris après deux ans au sein d’un autre cabinet, Anne-Charlotte Bongard a progressé au fur et à mesure pour accéder à une fonction stratégique. « En 2009, j’ai pris la responsabilité d’une activité avec une équipe qui est passée de trois consultants à quinze aujourd’hui. Et tout récemment, j’ai été nommée associée au sein du cabinet, je suis donc membre du comité de direction, ce qui me permet de participer aux décisions stratégiques », raconte la jeune femme de 35 ans, diplômée de l’université Paris-Dauphine.

De nouveaux horizons géographiques peuvent aussi s’offrir à ces experts. C’est la trajectoire qu’a choisie Yann Renaut, directeur technique en Irlande chez Caci, filiale de Crédit Agricole Assurances spécialisée en assurance des emprunteurs en France et à l’international. En 2011, quatre ans après avoir rejoint le groupe Crédit Agricole Assurances pour piloter l’activité actuarielle et l’asset liability management des filiales à l’international, il décide de prendre le poste qu’il occupe actuellement. « Avoir une expérience professionnelle à l’international était un souhait et je l’avais clairement exprimé, raconte ce professionnel de 37 ans, basé à Dublin. Je voulais élargir mes horizons et manager des collaborateurs en anglais. Aujourd’hui, je gère une équipe de 32 personnes, en majorité des actuaires, de plusieurs nationalités différentes. Je pense que promouvoir les mobilités à l’international constitue une source de motivation pour de nombreux actuaires, c’est un bon moyen de retenir les talents. Néanmoins, je constate que cette approche n’est pas généralisée dans tous les groupes d’assurance et les parcours internationaux restent encore atypiques…  »

Rester créatif et innovant, le nerf de la guerre est vraiment là

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