L’audit choisit l’alternance pour se diversifier

le 11/12/2014 L'AGEFI Hebdo

Trois des « Big Four » ont lancé ce type de formations pour permettre à des jeunes de décrocher un diplôme supérieur de comptabilité.

L’audit choisit l’alternance pour se diversifier
(Fotolia)

Norbert Calif est un alternant heureux : « Je voulais préparer mon diplôme supérieur de comptabilité et de gestion, le DSCG, en alternance. Lorsque j’ai vu que l’école proposait un contrat de professionnalisation avec Deloitte, c’était la cerise sur le gâteau ! » Engagé dans la filière comptabilité depuis le lycée, ce jeune de 23 ans est titulaire du diplôme de comptabilité et de gestion (DCG), ainsi que d’un master 2 en droit et gestion fiscale. Il a intégré à la rentrée le tout nouveau parcours diplômant de deux ans proposé par Deloitte et l’Ecole supérieure de gestion et d’expertise comptable (ENGDE). « Nous connaissons déjà notre emploi du temps jusqu’au mois de juin et nous disposons d’une plate-forme en ligne pour travailler nos cours, cela nous permet de nous organiser pour préparer au mieux notre examen », précise-t-il.

Deloitte depuis cette rentrée, PwC depuis deux ans et EY depuis quatre ans misent sur l’alternance pour recruter de nouveaux profils. Les trois cabinets ont adopté un modèle similaire : nouer un partenariat avec une école réputée dans les métiers de la comptabilité, recruter une promotion dédiée, la former en alternance et, à terme, proposer des embauches. Ces promotions « maison » permettent à ces entreprises d’adapter le rythme d’alternance aux exigences de leurs clients et notamment aux pics d’activité saisonniers dans l’audit. Autres avantages pour elles : créer un esprit de corps et suivre de près l’ensemble des étudiants. Les cabinets mettent en avant leur volonté de diversifier les profils. « Nous voulons montrer qu’il est possible d’intégrer nos métiers par une filière courte, complétée par un diplôme professionnel, explique Jean-Marc Mickeler, associé, directeur des ressources humaines chez Deloitte France. Notre cœur de recrutement reste les bac+5 généralistes, mais compléter les équipes par des spécialistes, ‘bilingues’ en comptabilité, est pertinent et enrichissant. » Pour ce DRH, la diversité crée aussi de l’émulation : « Cela fait du bien à ceux qui présentent chez nous les plus beaux parcours académiques de constater que le dynamisme, la satisfaction client viennent aussi de professionnels aux parcours différents », souligne-t-il.

Des postes à la clé

La sélection des élèves reste stricte. « Une première sélection a été effectuée par l’école sur CV et lettre de motivation, puis j’ai passé un test de personnalité, un test d’anglais assez difficile et eu un entretien avec un associé chez Deloitte, raconte Norbert Calif. Je pense que le choix s’effectue surtout sur la motivation, il faut être motivé pour se replonger le soir et le samedi dans les cours, en parallèle de nos missions auprès des clients. Le cabinet mise clairement sur nous, en payant les frais de scolarité, en nous formant. » Lui qui a démarré son alternance en octobre chez Deloitte dans l’audit en banque a déjà participé à une semaine de formation à l’audit en Sicile avec tous les auditeurs juniors nouvellement recrutés.

EY a développé dès 2011 un programme spécifique intitulé Assistant Formation Diplômante (AFD), en partenariat avec l’Institut national des techniques économiques et comptables (Intec) du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) et l’Ecole de l’expertise comptable et de l’audit (Enoes). Ce cursus s’adresse à des diplômés bac+2, BTS ou DUT et leur propose un programme long, de quatre ans, pour passer le DCG puis le DSCG. Ainsi, 101 jeunes sont actuellement en alternance à différents niveaux de formation. Ils sont suivis de près par les équipes d’EY, qui se targue de 70 % de réussite au DCG. Les recrutements démarreront à la sortie de la première promotion, fin 2015. « Ce sont des collaborateurs qui travaillent depuis quatre ans chez nous, connaissent nos clients, nos équipes, sont présents durant les ‘peak seasons’… Nous prévoyons clairement de les recruter », assure Jean-Christophe Goudard, associé audit, responsable programme AFD. L’entreprise espère aussi créer une population fidèle de jeunes diplômés. Seize IUT et lycées d’Ile-de-France, deux en Rhône-Alpes et un à Lille, sont associés au programme et en font la promotion auprès de leurs élèves. Le cursus est également ouvert à des diplômés issus d’autres établissements. « C’est une vraie gestion de projet de travailler avec les écoles partenaires, assurer un parcours individualisé et une bonne intégration des jeunes chez nous », explique Ludivine Bouffard, senior manager et chef de projet pour le programme AFD.

De son côté, PwC a choisi l’Institut de gestion et d’études financières (Igefi) pour sa première promotion en 2012 et un DSCG en alternance sur deux ans. Le cabinet souhaitait dans un premier temps tester la formule. « Lorsque nous avons démarré avec ma promotion, PwC nous a prévenus qu’il n’y avait pas forcément d’embauches à la clé. Mais notre motivation l’a emporté !, souligne gaiement Marion Lebois, 25 ans, embauchée comme assistante d’audit depuis le mois d’octobre, après avoir été diplômée de la promotion PwC. J’ai profité des deux années d’alternance pour me montrer proactive, aller au-delà de ce qui m’était demandé. » La jeune femme était déjà diplômée d’une école de commerce lorsqu’elle a rejoint le programme. « Je voulais vraiment me diriger vers des fonctions comptables et malgré ma majeure en finance, je restais très généraliste dans ce domaine », dit-elle. « Lorsque nous avons lancé cette nouvelle formation, nous avons commencé en parallèle à développer une offre de services dédiée aux PME et filiales de grands groupes. Les profils spécialisés de la promotion de l’Igefi correspondent bien à ces nouveaux besoins », détaille Anne Denuelle, directrice des ressources humaines de l’activité audit de PwC. Sur la première promotion de 15 personnes, 6 ont intégré le cabinet à la rentrée. La formule fait des adeptes : 45 nouveaux élèves ont rejoint la promotion cette année. Pour PwC, EY et Deloitte, les résultats sont déjà satisfaisants. « Nous saurons que ce programme est un succès lorsque nous aurons un associé [chez EY] issu de ce parcours », appuie Jean-Christophe Goudard. Rendez-vous donc dans une petite dizaine d’années…

Une sélection stricte

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