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Le jugement UBS signale un changement d’ère

le 21/02/2019

Alexandre Garabedian

C’est un jugement qui fera date dans le monde bancaire. La justice française a condamné hier le suisse UBS à une amende record de 3,7 milliards d’euros, auxquels s’ajouteront des dommages et intérêts de 800 millions d’euros. En infligeant de telles sanctions pour démarchage illicite et blanchiment de fraude fiscale, la France rejoint d’un coup les Etats-Unis en termes de sévérité contre les délits financiers. Il y a fort à parier que ce jugement en appellera d’autres.

Bien sûr, UBS va faire appel de la décision. Sur le fond, le géant suisse conteste tous les éléments du dossier. Il plaide l’absence de preuves et d’un quelconque délit de fraude fiscale de la part de ses clients. Il appartiendra à la cour d’appel d’apprécier la validité des arguments d’UBS. Mais une chose est sûre : la sévérité des sanctions prononcées mercredi épouse l’extrême sensibilité des opinions publiques aux questions de justice fiscale. Pour ne pas saper le consentement à l’impôt, les particuliers fortunés comme les multinationales sont appelés à en payer leur juste part. Tout fraudeur se verra désigné à la vindicte populaire, et des Panama Papers aux CumEx Files, le fisc et les juges ont de quoi nourrir d’autres dossiers dans les années qui viennent.

Les investisseurs seraient bien inspirés d’en tenir compte à l’avenir pour évaluer les banques européennes, comme ils l’ont déjà fait avec le risque de sanctions aux Etats-Unis. Suite à l’annonce du jugement, l’action UBS a perdu plus de 4% en séance. Une réaction contenue, mais qui traduit tout de même la surprise des marchés devant l’ampleur de la sanction.

Dans le même temps, l’onde de choc provoquée par l’affaire Danske Bank n’en finit pas de s’étendre. La première banque du Danemark est au centre d’un vaste scandale de blanchiment d’argent qui l’a forcée cette semaine à annoncer la fermeture de ses activités en Russie et dans les Pays Baltes. L’affaire éclabousse également Deutsche Bank et le suédois Swedbank, mis en cause mercredi par les médias de son pays. Ces révélations ont fait plonger de 13% l’action de la banque suédoise à la Bourse de Stockholm.

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