La chronique de l'actualité

Deutsche Bank paie le prix fort sur les marchés

le 12/02/2019

Alexandre Garabedian,

Se financer à bas coût a toujours constitué un avantage concurrentiel de taille pour les entreprises allemandes en Europe. Mais pour Deutsche Bank, ces temps sont révolus. Le groupe a dû payer le prix fort la semaine dernière afin de placer 3 milliards de dette en euros. Deux transactions en particulier ont retenu l’attention des observateurs. Pour se financer à 2 ans, Deutsche Bank a dû offrir aux investisseurs une marge de 180 points de base au-dessus de la courbe des taux swaps, un niveau très élevé pour une maturité aussi courte. Le groupe a également placé un emprunt d’échéance 7 ans à une marge de 230 points de base. A titre de comparaison, sa rivale BNP Paribas n’avait payé que 50 points de base dans une opération du même type. Pour avoir accès au marché, Deutsche Bank doit aujourd’hui payer un tarif équivalent à celui d’une banque espagnole comme CaixaBank.

Ces niveaux de prix reflètent la défiance qui s’est installée progressivement chez les investisseurs, alors que le groupe tarde à consolider son modèle économique. Un autre indicateur en témoigne, le CDS de la banque, qui mesure le prix de l’assurance contre un défaut de paiement de Deutsche Bank : son niveau a doublé en un an et dépasse largement celui de Commerzbank, pourtant loin d’être le meilleur élève de la classe bancaire.

Le directeur financier de la banque allemande, James von Moltke, l’a admis la semaine dernière devant des investisseurs : sa priorité est d’abaisser le coût de financement du groupe et de redresser sa notation. Deutsche Bank est en effet menacée d’être emportée dans un tourbillon que toutes les banques redoutent. Avec une matière première aussi chère, plus moyen de rivaliser avec le gratin des banques d’investissement ; le groupe perd des clients, des revenus ; ses résultats baissent, sa qualité de crédit se dégrade, et ses prêteurs lui dictent des conditions toujours plus onéreuses. Pour Deutsche Bank, qui prévoit de lever entre 20 et 25 milliards d’euros cette année sur les marchés, il devient urgent de rompre le cercle vicieux.

Sur le même sujet

A lire aussi