Reclaim Finance maintient sa pression sur Axa et Scor

le 05/10/2022 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L’ONG critique le potentiel soutien des groupes français d'assurance à une extension du projet de gaz naturel liquéfié (GNL) Ichthys en Australie qui pourrait porter les émissions totales du projet à 590 MtCO2.

Le complexe de gaz naturel liquéfié (GNL) Ichthys en Australie (projet d’extension en cours par TotalEnergies)
Le complexe de gaz naturel liquéfié (GNL) Ichthys en Australie fait l’objet d’un projet de développement dénoncé par Reclaim Finance.
(capture écran TotalEnergies.)

Reclaim Finance repart à la charge. L’organisation non gouvernementale (ONG), qui se donne pour mission de «mettre la finance au service du climat», publie un rapport sur le «soutien risqué» des assureurs au projet de gaz naturel liquéfié (GNL) Ichthys en Australie. S’il a commencé à produire du GNL dès 2018 avec une capacité de production annuelle de 8,9 millions de tonnes, le projet, porté par le japonais Inpex (66,2%) et TotalEnergies (26%), pourrait connaître une nouvelle phase de développement, après 2025, dans laquelle plus d’une douzaine de puits pourraient être forés pour extraire du gaz jusqu’en 2061. 

«L’expansion pourrait augmenter la contribution d’Ichthys LNG en termes de CO2 de 30% et porter ses émissions totales à 590 MtCO2, soit près de la totalité des émissions annuelles de CO2 de l’Australie en 2019», rapporte l’ONG, en citant le cabinet de recherche norvégien RystadEnergy. «Un mois avant la COP 27, Reclaim Finance appelle les assureurs internationaux à ne pas renouveler la couverture d’assurance d’Ichthys LNG», lance-t-elle dans un communiqué. 

Respect des engagements 

En se basant sur un document officiel de la Cour suprême d’Australie occidentale, l’ONG a pu documenter les assureurs qui ont couvert la phase de construction du projet entre 2012 et 2017. Outre les leaders mondiaux AIG, Allianz, ou encore Munich Re, deux groupes français ont participé : XL, devenu depuis 2018 la filiale grand risque du groupe Axa, et Scor. Tout en rappelant que les «experts de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont clairement indiqué que les nouveaux projets de production gazière n’ont pas leur place dans une trajectoire de 1,5°C», Reclaim Finance souligne que 12 de ces assureurs ont depuis rejoint le Net Zero Insurance Alliance (NZIA). 

Ce groupe de 29 assureurs représentant 14% des primes mondiales, que préside Axa et dont Scor est membre fondateur, a été créé en 2021 sur la base d’un engagement d’évolution des portefeuilles de souscription d'assurances et de réassurances vers des émissions nettes de gaz à effet de serre (GES) nulles d'ici à 2050, dans le respect d'une augmentation maximale de la température de 1,5°C. «Les premiers assureurs d’Ichthys sont confrontés à un véritable dilemme. S’ils décident de soutenir le projet dans sa phase d’expansion, cela signifierait soit parier sur l’échec de l’accord de Paris, soit sur le développement d’actifs échoués», juge Reclaim Finance. 

Axa et Scor défendent
leurs politiques 

Interrogé par 20 ONG, seul Suncorp a indiqué qu’il ne soutiendrait pas le projet après l’avoir précédemment assuré. «Axa a indiqué qu’Ichthys n’était pas un projet exclu pour sa politique sectorielle pétrole et gaz – ce qui signifie qu’Axa pourrait assurer son expansion», relate Reclaim Finance. Joints par L’Agefi, les assureurs français confirment qu'ils pourraient, potentiellement, assurer le projet. Axa ne commente pas son éventuelle participation mais confirme qu’il ne rentrerait pas dans sa politique d’exclusion. De son côté, Scor indique ne pas communiquer sur ses clients ni sur des projets individuels, mais précise avoir rappelé son engagement à devenir net zéro à horizon 2050. 

Fin 2021, Axa a étendu ses exclusions dans le pétrole et le gaz à certaines activités d'exploration et de production non conventionnelles (Arctique, sables bitumineux, gaz de schiste) après avoir déjà annoncé éliminer totalement son exposition à l’industrie du charbon thermique d’ici 2030 dans l’Union européenne et les pays de l’OCDE, et 2040 dans le reste du monde. Outre un objectif d’investissements verts du groupe à 26 milliards d’euros d’ici 2023 (22,6 milliards au premier semestre 2022), Axa diminue aussi ses investissements aux énergies fossiles. Selon son rapport climat et biodiversité 2022, son «potentiel de réchauffement», qui mesure l’impact des investissements du groupe sur le réchauffement climatique à horizon 2050, s’élève à 2,6°C en 2021, en baisse de 0,1°C et en dessous du marché́ (2,9°C).

Après avoir annoncé qu’il réduira l’intensité carbone de son portefeuille d’obligations d’entreprises et actions cotées de 27 % d’ici 2025, Scor a, pour sa part, précisé en 2022 sa politique de fin des couvertures pour les nouveaux projets de champs pétroliers à compter de 2023. Il n'a toutefois pas inclu le gaz dans ses décisions

Deux visions opposées 

Ce projet est une nouvelle opportunité pour Reclaim Finance de faire connaître au grand public ses positions. L’ONG milite pour la fin totale du soutien direct à l’exploitation d’hydrocarbures ou à de nouveaux projets de gaz et de pétrole ainsi que le désinvestissement total du secteur financier dans les entreprises qui «prévoient et/ou investissent» dans le domaine. Une vision qui s’oppose à celle des banques et des assurances. Ces dernières misent plutôt sur l’accompagnement et le financement de la transition des entreprises. En somme, l’équation semble insolvable. 

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