La pression s’accroît sur les banques de détail françaises

le 02/05/2022 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Après l’embellie de 2021, les banques de l'Hexagone pourraient être rattrapées par la hausse du coût du risque.

établissement bancaire
Ce sont les réseaux de distribution qui coûtent le plus cher aux banques : environ la moitié des coûts totaux de la banque de détail.
(AdobeStock.)

La banque universelle à la française est à la croisée des chemins. «Le modèle de la banque de détail a démontré sa résilience, mais les bons résultats observés en 2021 sont, à notre sens, essentiellement conjoncturels. L’année 2022 s’annonce plus compliquée», avertit Nicolas Taufflieb, managing director du cabinet Alvarez&Marsal, alors que BNP Paribas ouvre mardi le bal des publications trimestrielles des banques françaises.

L’an dernier, les banques de détail dans l’Hexagone ont profité d’un rebond de l’activité post-covid, le produit net bancaire (PNB) progressant davantage que les coûts, ce qui a généré «un effet ciseau positif», relève l’étude annuelle d’Alvarez&Marsal publiée ce 2 mai. Mais cette embellie ne pourrait être que de courte durée, en raison des incertitudes macroéconomiques. A priori, la hausse des taux est une bonne nouvelle pour les banques car elle devrait générer des marges d’intérêt supplémentaires. Mais le modèle est fragile car il repose sur la recherche de volumes, pointée comme une «fuite en avant» par le cabinet. Or, «avec l’inflation, la hausse des taux et le ralentissement de la croissance, la production de crédits risque de ne pas être aussi forte», alerte Nicolas Taufflieb. L’inflation pose aussi la question de la capacité des banques à facturer davantage leurs services aux clients.

Incertitude sur le coût du risque

Si la banque de détail a résisté jusque là dans l’Hexagone, c’est aussi que le coût du risque se maintenait – hormis le pic exceptionnel de 2020 – à un coût très bas. Or, la nouvelle crise qui vient de s’ouvrir avec la guerre en Ukraine fait peser de fortes incertitudes sur son évolution. «Bien qu’ayant légèrement reculé en 2021, le coefficient d’exploitation reste très élevé, à 68% pour l’ensemble des neuf réseaux étudiés (ndlr : BNP, Société Générale, La Banque Postale, Banque Populaire, Caisse d’Epargne, le Crédit Agricole, LCL, la Confédération nationale du Crédit Mutuel et Crédit Mutuel Arkéa). Cela n’est compatible qu’avec un coût du risque limité», souligne Nicolas Taufflieb.

La dégradation structurelle du coefficient d’exploitation depuis 2015 s’explique par des efforts de réduction des coûts insuffisants pour compenser la baisse du PNB. Les banques françaises restent, en la matière, en deçà de leurs pairs européennes qui ont bénéficié, en moyenne, d’une baisse des coûts de 2% l’an dernier. Deutsche Bank a, par exemple, fait de la chasse aux coûts l’axe prioritaire de sa stratégie de redressement et a réduit ses effectifs de 6% en 2021. D’autres, comme Santander, ont misé sur l’omnicanal pour transformer leur modèle traditionnel de banque physique.

La nécessaire chasse aux coûts

Comme l’explique Nicolas Taufflieb, ce sont les réseaux de distribution qui coûtent le plus cher : environ la moitié des coûts totaux de la banque de détail. Or, la France dispose de plusieurs mastodontes mutualistes avec un important maillage territorial. Le marché hexagonal conserve ainsi la plus forte densité d’agences par habitant : avec 33 agences pour 100.000 habitants, elle représente 1,8 fois celle de la zone euro.

A l’image de Société Générale, qui s’est résolue à enclencher la fusion avec le réseau Crédit du Nord, ou de La Banque Postale qui s’est rapprochée de CNP Assurances, les banques capitalistes s’engagent donc dans des stratégies d’optimisation des coûts. «Dans un contexte économique qui se tend, la recherche de synergies pour atteindre le plein potentiel d'un groupe est une obligation. Conserver des systèmes d’information différents pour l’activité de banque de détail est de moins en moins soutenable. La fusion, c’est le sens de l’Histoire !», commente Nicolas Taufflieb.

Ce modèle explique que la rentabilité rapportée au capital de la banque de détail reste, dans l’Hexagone, très faible (4,6% en moyenne) et bien inférieure à celle des autres métiers bancaires. Or, à l’heure où les fintechs imposent de nouveaux standards dans la relation client et prennent des parts de marché croissantes sur le segment très rémunérateur des paiements, il n’a jamais été aussi crucial pour les banques de détail d’investir dans leur transformation. D’où l’importance de générer de bons résultats.

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