HSBC France se prépare aux grands travaux de Cerberus

le 21/06/2021 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le chantier de la reprise de la banque de détail de HSBC en France par Cerberus s’annonce à la hauteur de la perte subie par la banque britannique : immense.

HSBC France
HSBC France est une banque de détail, mais qui revendique une clientèle plutôt aisée.
(photo HSBC.)

La lourdeur de la perte enregistrée par HSBC pour se séparer de son réseau de banque de détail en France explique l’attente. Après 18 mois de tergiversations avec différents repreneurs potentiels, la cession de ces activités au fond Cerberus entraîne un coût de 1,9 milliard d’euros pour la banque britannique. Mais même avec un renflouement de cette ampleur, la partie est loin d’être gagnée pour Cerberus. Le fonds ne rachète pas une structure clé en main, d'où un bouclage de l'opération attendu au premier semestre 2023 seulement. Plusieurs difficultés peuvent notamment expliquer pourquoi d’autres acteurs, qui ont examiné le dossier, ont finalement renoncé.

Informatique

L’intégration informatique de HSBC à My Money Group, une structure que détient le fonds en France et qui officie notamment sous la marque My Money Bank, et ceux de modernisation des infrastructures du réseau s’annoncent difficile. Le premier grand chantier auquel devra s’atteler le fonds est celui de la refonte du système informatique de la banque, réputé en mauvais état. Celui-ci demande à être complètement revu pour pouvoir adapter la banque aux standards actuels. Cerberus s’est engagé à investir 200 millions d’euros sur ce point.

Selon plusieurs professionnels qui ont eux-mêmes dû travailler à la refonte de leur système informatique, « cette somme paraît cohérente, mais il va falloir repartir de zéro. Certaines banques ont développé des structures très efficaces, pour des montants inférieurs ». Il n’empêche que le chantier sera délicat à gérer.

Positionnement

La seconde difficulté que connaît le réseau de HSBC en France est celui du positionnement. C’est une banque de détail, mais qui revendique une clientèle plutôt aisée. Cerberus compte en faire « une banque française indépendante et de taille humaine, dotée d’un large portefeuille de produits haut de gamme ». Le fonds estime que cela lui donnerait «un positionnement différenciant sur le marché français ».

Or, s'il est rentable, le marché de la gestion patrimoniale est déjà très pourvu en France. Les conseillers en gestion de patrimoine (CGP), en phase de concentration, captent une partie des opérations les plus lucratives sur cette clientèle, et les banques privées se chargent du reste. D’ailleurs, Milleis, qui est née du rachat par le fonds Anacap de la banque Barclays en France en 2017, est positionnée sur ce créneau de banque privée à vocation patrimoniale. Et la structure n’est toujours pas rentable.

Marque

Cerberus a clairement indiqué qu’il allait récupérer l’ancienne marque du Crédit commercial de France (CCF), qui avait été abandonnée par HSBC, mais qui a été cédée avec le réseau. Si, en interne, cette décision a plutôt été saluée chez la cible, cette décision multiplie les difficultés. La structure devra communiquer pour relancer la marque, et certainement pour la repositionner en partie (haut de gamme, le CCF était aussi très tourné vers le segment des entreprises) tout en ne bénéficiant pas de l’effet nouveauté.

La marque reste en effet ancrée dans le passé et n’incarne pas la modernité. Un potentiel repreneur, qui avait finalement abandonné le dossier, estime que « la marque CCF plaît surtout à une clientèle vieillissante, mais ne dit peut-être rien à de nouveaux clients patrimoniaux plus jeunes et rentables »

Hommes

Enfin, une autre difficulté à laquelle sera confrontée Cerberus est celui du volet social. Les salariés de HSBC en France ont déjà été confrontés à des plans de départ et la gestion des ressources humaines risque sera compliquée car le repreneur devrait rationaliser les coûts du réseau. D’ailleurs, dès l’annonce de l’officialisation de la reprise vendredi dernier, les représentants du personnel n’ont pas tardé à réagir.

Même si les dirigeants de My Money ont assuré vendredi qu’aucun plan de départ, s’il devait y en avoir un, ne serait mis en place avant 2024 ou 2025, les syndicats ont immédiatement fait publiquement part de leur méfiance. La CFDT souligne, par exemple, que « le défi économique et financier du repreneur est immense. Une opération à haut risque qui arrive dans un contexte très difficile ». En passant de 850 employés à plus de 4.700, My Money Group fait plus que quintupler de taille. Avec les responsabilités qui vont avec.

L’opération en chiffres

L’activité cédée par HSBC à Cerberus compte 3.900 collaborateurs. Elle inclut un réseau de 244 agences, un portefeuille d’environ 800.000 clients, des dépôts de 21,5 milliards d’euros, des crédits pour 18,9 milliards d’euros, ainsi que «certains autres actifs et passifs», précise HSBC.

Le nouvel ensemble, comprenant My Money Group et le réseau de banque de détail de HSBC en France, représenterait un total d’actifs de 31 milliards d’euros (dont 24 issus de l’activité acquise), des encours pondérés des risques de 12,5 milliards d’euros, des prêts de 27,6 milliards d’euros, et des dépôts de 22,8 milliards d’euros.

Les conditions de l’opération envisagée prévoient le transfert de l’activité à l’acquéreur avec une valeur d’actif net cible de 1,6 milliard d'euros, sous réserve d’ajustement (à la hausse ou à la baisse) dans certaines circonstances, pour un prix de 1 euro. En fonction de ce montant d’actif net, il est attendu que la valeur de l'actif net tangible de HSBC soit réduite d'environ 1,9 milliard d'euros à la réalisation de l’opération. Celle-ci aura lieu en 2023, mais la plupart des coûts seront imputés sur les comptes de HSBC en 2022.

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