Les banques françaises célèbrent le retour des dividendes

le 12/02/2021 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Si toutes respectent les restrictions de la BCE, toutes se sont aussi engagées à distribuer autant, voire plus, que lors d’une année traditionnelle.

Avec ces versements importants, les banques montrent au marché leur solidité financière.
Avec de tels versements, les banques affichent leur solidité financière.
(Gerd Altmann de Pixabay)

La bataille des dividendes a bien eu lieu. Au mois de décembre, la Banque centrale européenne exigeait des banques de la retenue dans leurs distribution de résultats sur l’année 2020. Si officiellement, toutes les sociétés financières, et les françaises en particulier, se plient de bonne grâce aux recommandations de leur autorité, les présentations des comtes annuels ces derniers jours ont démontré que les établissements qui se sentaient solides brûlaient de rémunérer leurs actionnaires. Leur cours de Bourse, toujours très inférieur comparé à celui de la fin de l’année 2019, les a par ailleurs aidées à offrir des rendements attrayants.

La règle imposée par la banque centrale est claire. Après l’interdiction qui leur avait été faite de distribuer des dividendes pour 2019, les banques devront, cette année, en limiter le montant. Ainsi, jusqu’au mois de septembre prochain, les dividendes en numéraire ne doivent pas excéder le maximum entre 20 points de base du ratio de solvabilité CET1 et 15% de la somme des résultats de l’année 2019 et 2020. De la même manière, les banques devront s’abstenir de racheter leurs actions pendant cette période. Les recommandations de la BCE ont été bien comprises, leurs limites aussi.

Rachats d'actions après septembre

Répondant à cette injonction, BNP Paribas a proposé de distribuer 1,11 euro par action, soit 21% de son résultat distribuable de 5,31 euros par action. La banque a par ailleurs assorti sa distribution de rachats d’actions à la fin du mois de septembre 2021, dès l’abrogation de la recommandation de restriction de la BCE, si la situation économique n’empire pas. Ces rachats se monteront à 29% de son bénéfice. Au total la banque redistribuera donc, d’une manière ou d’une autre, un montant équivalent à 50% de son résultat, ce qui correspond à son taux de distribution moyen en rythme de croisière. Sur les bases d’un cours de l’action à 45,85, cela correspond à un rendement de 2,4% pour le seul dividende en numéraire et de 5,78% en prenant en compte les rachats d’actions.

La Société Générale a, de son côté proposé 0,55 euro par action, soit là aussi le maximum autorisé par la BCE, pour un bénéfice sous-jacent par action de 0,97 euro. Mais, à l’instar de BNP Paribas, elle a aussi déclaré vouloir racheter des actions pour un montant égal à celui distribué en numéraire, soit environ 470 millions d’euros. Pour la banque rouge et noire, avec un cours de 17,89 euros, le rendement se monte à 3% pour le seul dividende et à 6% en prenant en compte les rachats.

Généreux Crédit Agricole

Mais la palme revient au Crédit Agricole, qui a trouvé un moyen d’aller bien au-delà du dividende que les analystes anticipaient et de ce que permettrait la seule entité cotée Crédit Agricole SA, si elle n’appartenait pas à un groupe mutualiste. «Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un dividende exceptionnel», a déclaré Philippe Brassac, le directeur général de la banque lors de la présentation de ses résultats. Il aurait pu.

Avec une distribution de 80 centimes d’euro par action, pour un bénéfice de 1,2 euro par action, le ratio de distribution se monte à deux tiers, bien au-dessus des 50% habituellement distribués par la banque. Ce montant correspond à un rendement de 7,5%, pour un titre qui cote à 10,70 euros. «Nous appliquons les recommandations de la Banque centrale européenne, mais au niveau du Groupe Crédit Agricole, plus large que Crédit Agricole SA, et dont la solvabilité est plus élevée. C’est avec ce raisonnement que nous pouvons distribuer un dividende qui commence à rattraper ce que nous n’avons pas payé en 2019», a précisé Philippe Brassac.

Un tel dividende a aussi été rendu possible car son versement peut être effectué en numéraire, mais aussi sous forme d’actions. La BCE n’inclut pas, dans ses restrictions, les dividendes en actions, car ils n'impliquent pas de sorties de liquidités. Or, le principal actionnaire de Crédit Agricole SA, la SAS Rue de la Boétie (contrôlée par les caisses régionales de Crédit Agricole), détenteur de 55% du capital, s’est engagé à demander le paiement en titres. Ce sera aussi théoriquement le cas des salariés actionnaires du groupe, qui représentent 5% du capital, espère la direction. «C’est aussi parce que notre principal actionnaire s’est engagé à se faire payer en actions que nous pouvons distribuer ce dividende», a déclaré Jérôme Grivet, directeur général adjoint de Crédit Agricole SA.

Sur les 40% d’actionnaires restants, «nous pensons qu’une partie significative des minoritaires, historiquement les deux tiers, vont souscrire à l’option du paiement en actions», a expliqué le directeur général adjoint.

Enfin, en fonction de la proportion des minoritaires qui auront opté pour le paiement en actions, la banque mettra en place des rachats d’actions. «Les rachats d’actions font partie de notre dispositif cohérent avec la recommandation de la BCE. Ils pourront donc commencer dès le mois de juin, lors de la distribution du dividende en actions», a assuré Jérôme Grivet.

L’ingéniosité de cette pratique a été saluée par les marchés. Avec des résultats 2020 guère surprenants pour les analystes, le cours de l’action a bondi de près de 5% hier.

Ces engagements à verser des dividendes montrent que le sujet reste sensible pour les banques. Il s'agit de l'un des rares moteurs de performance d'un secteur décoté en Bourse. Ces versements importants sont aussi une manière pour les établissements intéressés de montrer au marché que leurs fonds propres ne souffrent d’aucune faiblesse et que si ils envisagent 2021 prudemment, ils restent optimistes sur leur solidité financière.

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