Oddo BHF reste à l’offensive après un début d’année porteur

le 11/06/2020 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La banque franco-allemande se dit à l’affût d’acquisitions en France. Son activité est tirée par le trading, après la contre-performance de sa gestion d’actifs en 2019.

Oddo BHF reste à l’offensive après un début d’année porteur
La gestion d’actifs reste le premier métier du groupe Oddo BHF.

Malgré les incertitudes liées à la crise économique, Oddo BHF ne revoit pas ses ambitions à la baisse. «Aujourd’hui tout va bien, assure Christophe Tadié, responsable de la banque de financement et d’investissement (BFI) du groupe franco-allemand. Nous poursuivons nos développements et ne gelons pas les recrutements, mais nous réallouons certains budgets, par exemple des voyages vers l’informatique.»

Contrôlé par la famille Oddo et ses salariés, Oddo BHF espère même tirer parti des difficultés de certains concurrents. «En matière de croissance externe, nous pouvons prendre des décisions très vite compte tenu de notre actionnariat unique, poursuit le dirigeant. Nous pouvons être hyper pragmatiques et nous analysons toutes les situations, en France et en Allemagne notamment. Il y a en ce moment beaucoup de sujets en France.» Après l’échec de sa tentative de rachat de la banque privée allemande Bankhaus Lampe, raflée par le chinois Fosun, Oddo BHF est cité parmi les candidats potentiels à la reprise de la banque privée Meeschaert et d’une partie des activités de HSBC France. Le groupe ne fait pas de commentaires.

Bond du trading

Pour le moment, ses métiers résistent bien à la crise. «A date, nos activités de marchés ont connu une hausse significative cette année», déclare Christophe Tadié. Nous avons scindé nos équipes de trading en trois pendant le confinement, avec certains opérateurs qui travaillaient de chez eux. L’activité a été intense, puis s’est stabilisée avec la baisse de la volatilité.» Comme les grandes banques européennes et américaines, le groupe de Philippe Oddo estime avoir tiré son épingle du jeu, lors du krach boursier du mois de mars. En outre, «nos revenus en banque privée et en gestion d’actifs ont également augmenté, avec plus d’un milliard d’euros de collecte nette en banque privée, où nous engrangeons toujours de nouveaux clients», poursuit Christophe Tadié, sans préciser les flux dans la gestion d'actifs. 

Du côté de sa clientèle d'entreprises, le groupe n’attend pas une hausse significative des provisions pour créances douteuses, à rebours de celle déjà en partie actée dans les banques universelles. «Nous sommes plutôt contents de la décision prise il y a quelques années de réduire les activités bilantielles en Allemagne, notamment les financements à effet de levier hérités de la banque BHF (rachetée en 2016, ndlr)», pointe le patron de la BFI. L’an dernier, la poursuite de la liquidation de ces prêts risqués a fait grimper le coût du risque du groupe à près de 10 millions d’euros, contre 4 millions en 2018. Mais les provisions ont eu un impact marginal sur les comptes 2019.

Pas de dividende

Au total, le bénéfice net part du groupe d’Oddo BHF a crû de 9% l’an dernier, à 66 millions d’euros, révèlent les comptes consolidés publiés début juin au Balo. Le dividende de 24 millions d’euros reste toutefois en réserve pour le moment. Comme ses concurrentes, la banque «s'est conformée à la recommandation émise par la BCE [Banque centrale européenne] et l'ACPR [Autorité de contrôle prudentiel et de résolution] de suspendre la mise en paiement du dividende au titre de l’exercice 2019 dans le contexte de la crise sanitaire du Covid-19». Une situation qui «pourra évoluer après avis de l’ACPR et sur décision du collège de la gérance».

Revers dans la gestion d’actifs

Le résultat de l'exercice a progressé sous l’effet du repli de 5,7% des frais généraux. «Nos charges ont reculé grâce à de plus faibles coûts informatiques, liés à la bascule progressive de l’ancien système BHF Bank vers une plate-forme commune Oddo BHF, qui devrait s’achever l’an prochain», explique Christophe Tadié. En revanche, le produit net bancaire (PNB), resté stable en 2018, s’est effrité de 1% à 585 millions d’euros.

Les revenus de la gestion d’actifs, premier métier du groupe, ont reculé de 12,5% et son bénéfice imposable de 25%, alors que le rally boursier de 2019 a profité à de nombreux asset managers. Outre une collecte nette nulle, «notre gestion d’actifs a souffert du mode de calcul et de la date de prise d’effet de nos commissions de performance, décrypte le porte-parole du groupe. Elles ont été particulièrement affectées par le niveau des marchés au premier trimestre 2019, après la chute des Bourses fin 2018». Suite au krach boursier de mars dernier et aux baisses de taux dans de nombreux pays, «il est trop tôt pour avoir une vue sur 2020», ajoute-t-il.

Les autres métiers ont joué le rôle d’amortisseur en 2019, notamment la banque privée, avec une activité en hausse de 12,5%. Sa collecte nette a atteint 2,3 milliards d’euros (principalement en Allemagne), un chiffre «assez exceptionnel par rapport à nos concurrents indépendants sans réseau», estime Oddo BHF. A fin 2019, la banque privée totalisait 35 milliards d’euros d’encours et la gestion d’actifs 60 milliards, sur les 110 milliards gérés par le groupe.

BFI toujours en perte

Dans la BFI, où le PNB a augmenté de 5% l’an dernier, la situation est contrastée. Les activités de marché ont grimpé de 15% et le financement export de 20%. De quoi compenser la stabilité du conseil financier et le recul de la banque d’entreprises lié à l’arrêt des prêts à effet de levier en Allemagne. Les provisions sur l’encours résiduel ont d’ailleurs mis le pôle dans le rouge, une fois de plus, malgré le retour à un résultat d’exploitation positif.

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