Les prêts en francs suisses pourraient coûter cher aux banques polonaises

le 12/08/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La facture liée à la conversion forcée en zlotys prévue par un nouvel amendement pourrait atteindre 5,2 milliards d’euros selon le régulateur.

Le coût pour les banques polonaises de l’amendement surprise déposée la semaine dernière par les parlementaires se précise. Destinée à venir au secours de milliers de ménages emprunteurs en francs suisse, étranglés par la hausse de la monnaie helvétique, la nouvelle mouture du projet de loi pourrait en effet conduire à une ardoise de quelques 22 milliards de zlotys (5,2 milliards d’euros), selon le régulateur du secteur KNF.

Alors qu’un premier texte prévoyait de faire supporter aux banques 50% du coût de la conversion des prêts problématiques, dont l’encours totalise 146 milliards de zlotys, soit environ 8% du PIB polonais, les parlementaires ont proposé mercredi dernier de porter la proportion à 90%. Or, environ un tiers de l’encours serait éligible au mécanisme de conversion d’après KNF, qui fonde ses calculs sur les dix principaux établissements. Bien que les banques polonaises évoluent dans un environnement dynamique, puisque les analystes d’Erste Group anticipaient en début d’année une croissance des encours de prêts polonais de 7,8% en 2015, une telle mesure pourrait les mettre à mal.

Selon KNF, le coût de la conversion dépasserait le profit de 16 milliards de zlotys cumulé en 2014 par les dix plus grands acteurs, et représenterait le triple du bénéfice dans six cas. Le mécanisme effacerait en outre environ 20% de leur capital.

Selon les analystes de Trigon, Getin Bank et Bank Millennium, la filiale de Banco Comercial Portugues, seraient parmi les acteurs les plus touchés. Getin Bank a notamment précisé qu’environ un tiers de son portefeuille de prêts de 3,6 milliards de francs suisses (3,3 milliards d’euros) serait éligible. Bank Millennium était pour sa part exposée à hauteur de 4,6 milliards d’euros à des prêts en devises étrangères à la fin du premier semestre, sans préciser la part du franc suisse.

Parmi les autres acteurs du secteur susceptible de pâtir du texte figurent également PKO, le premier prêteur du pays, ainsi que mBank, la filiale de Commerzbank, et l’autrichienne Raiffeisen. Cette dernière, qui totalisait 3,2 milliards d’euros de prêts en monnaie helvétique à fin mars, a indiqué qu’elle allait différer la vente de sa filiale polonaise, prévue dans le cadre de ses cessions d’actifs.

Le vote du Sénat, contrôlé par le parti gouvernemental Plateforme civique opposé à l’amendement, est prévu le 2 septembre.

A lire aussi