La BCE met le holà aux dividendes des banques

le 30/01/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les exigences croissantes en capitaux militent pour des taux de distribution «prudents» en 2014

Le retour aux juteux dividendes pour les actionnaires de banques attendra. Dans ses nouveaux habits de superviseur bancaire, la BCE a adressé hier un message clair en ce sens. Au titre de 2014, «il convient que les banques adoptent une politique de prudence en matière de distribution de dividendes» pour «consolider leur assise en fonds propres afin de satisfaire aux exigences définies pour 2019». La BCE, qui va par ailleurs se pencher en 2015 sur le niveau des bonus, a envoyé une recommandation aux groupes qu’elle surveille directement et aux superviseurs nationaux.

Les banques qui ont raté les tests de résistance en octobre, mais aussi celles qui ne respectent pas les exigences minimales du superviseur, ne peuvent en principe verser de dividende. Pour les autres, la BCE distingue deux cas. Les banques affichant déjà à fin 2014 le ratio de fonds propres durs «fully loaded» (CET1) qu’elles seront tenues de respecter en 2019 «devraient limiter de façon prudente la distribution de leurs bénéfices nets sous forme de dividendes, afin de pouvoir continuer à remplir toutes les exigences, y compris en cas de dégradation de la situation économique et financière».

Celles qui n’ont pas encore atteint l’objectif devront viser «une trajectoire rectiligne» en termes de ratios de solvabilité et ajuster le dividende en conséquence.

Après des années de vaches maigres, les perspectives de distribution de résultats semblent s’améliorer. A 12 mois, le consensus Bloomberg table sur un rendement (dividend yield) de l’Euro Stoxx 50 des banques de 4,92%, contre un taux actuel de 3,52%. Le passage des stress tests et le renforcement des fonds propres du secteur plaident en ce sens. «Nous nous attendons à ce que le CET1 médian des grandes capitalisations européennes s’améliore de 10,7% à 12% et le ratio de levier médian de 4% à 4,5%», d’ici à 2016, notaient en décembre les analystes actions de Nomura.

Les grands du secteur en ont d’ailleurs fait la promesse. BNP Paribas compte porter à 45% son taux de distribution en 2016, tandis que Natixis a dit qu’il restituerait ses fonds propres excédentaires s’il n’a pas signé avant le 18 février une grosse acquisition dans la gestion. En augmentant début janvier son capital, Santander a aussi annoncé une hausse de son «payout» et de la partie en numéraire du dividende. Les analystes de Nomura anticipent que la part des dividendes payée en cash passe de 38% en 2014 à 48% en 2016.

La BCE vient rappeler que rien n’est acquis. Les exigences en capital restent mouvantes. Le Comité de Bâle a notamment engagé une revue des modèles internes des banques, et une revue spécifique des portefeuilles de trading, deux mesures qui vont faire grimper les actifs pondérés en risque (RWA) et donc dégrader les ratios de solvabilité. Après Deutsche Bank, qui a évoqué ce risque hier, les banques françaises sont les plus exposées, leurs encours pondérés représentant moins de 20% de leur bilan en normes IFRS. «Cela n’empêchera pas des taux de distribution de 30% à 50%, mais les régulateurs n’autoriseront pas de ‘payout’ plus élevés tant que l’inflation des RWA n’aura pas été compensée», estime Nomura.

La BCE a aussi fixé aux banques des objectifs individuels de fonds propres, supérieurs au minimum réglementaire. Les prêteurs italiens en ont notamment fait les frais en Bourse début janvier. Même si la majorité est déjà au niveau requis, «le nouveau plancher réduira le capital excédentaire disponible pour de la croissance externe et pour les dividendes», notent les analystes de SG CIB.

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