Les créanciers obligataires sont exposés à la réforme des bonus dans les BFI

le 10/12/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Moody's juge les conditions de délivrance trop souples par rapport aux risques à long terme et pointe l'influence croissante des actionnaires.

Si elle a permis de décorréler les bonus versés au sein des grandes banques d'investissement des prises de risque excessives, la réforme des politiques de rémunération n'a pas entièrement traité le problème, estime un rapport publié hier par Moody's. L'agence de notation souligne que de nombreux établissements ont des périodes de performance, d'acquisition et de report trop courtes pour couvrir les risques de long terme.

Les banques américaines affichent ainsi des périodes de trois ans, alors que les risques tels que les pénalités juridiques et les litiges peuvent courir sur un cycle de 7 à 10 ans. Sous la pression du régulateur, les banques européennes ont en revanche instauré des périodes de report de 4 à 5 ans, voire jusqu'à 7 ans dans le cas des institutions britanniques si les nouvelles règles sont pleinement appliquées. La directive européenne CRD4 plafonne par ailleurs la rémunération variable des preneurs de risque à 100% de la rémunération fixe totale (salaire) ou à 200% en cas de feu vert des actionnaires.

Moody's note par ailleurs que l'influence plus forte des actionnaires sur les pratiques de rémunération, par le biais du say on pay, pourrait avoir des conséquences de crédit négatives. «L'attribution aux actionnaires d'un levier plus important sur les plans de rémunération pourrait avoir des implications négatives pour les créanciers obligataires si, par exemple, les actionnaires poussent les sociétés à adopter des politiques plus agressives fortement focalisées sur des indicateurs de bénéfice par action ou de rendement pour les actionnaires avec une prise en compte limitée du risque», précise le rapport.

C'est donc une approche du risque divergente entre actionnaires et créanciers qui risque de poser problème. Les actionnaires peuvent en effet être disposés à «tolérer un degré de risque incohérent avec la solidité et la sécurité de la banque à long terme», prévient Moody's. En outre, l'octroi d'une part plus importante en titres, généralement avec des restrictions de durée et de performance, n'élimine pas le danger. Les dirigeants peuvent alors être tentés de maximiser la valeur du cours de Bourse pour leur compte propre mais aussi pour retenir leurs collaborateurs les plus importants.

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