Les banques françaises ont eu les coudées franches pour adapter leur modèle de rémunération

le 23/05/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le «say on pay» a été une simple formalité lors des assemblées générales, au même titre que le relèvement du plafond des bonus à 200% du fixe

A mille lieues de leurs homologues britanniques, qui ont subi la vindicte des actionnaires, les banques françaises ont pu faire adopter sans encombre leurs politiques de rémunération. Les récriminations du ministre de l’Economie Arnaud Montebourg, fustigeant des rémunérations «disproportionnées» pour les dirigeants de banques n’ont eu que peu d’effet sur des actionnaires invités à s’exprimer dans le cadre du «say on pay».

Le vote consultatif sur la rémunération des dirigeants mandataires sociaux, conforme aux recommandations du code Afep-Medef, a été une simple formalité, toutes les grandes banques françaises recueillant un taux d’approbation supérieur à 90% des voix.

Objet de la 19e résolution, le bond de 138% de la rémunération variable du directeur général de Crédit Agricole SA (CASA), Jean-Paul Chifflet, a ainsi été avalisé par 94,3% des suffrages exprimés. Du côté de la Société Générale, les actionnaires ont approuvé à 94,76% la progression de 18% de la part variable attribuée au PDG Frédéric Oudéa, à 1,4 million d’euros. Chez Natixis, la hausse de 27% de la rémunération variable accordée au directeur général Laurent Mignon a été à peine moins bien accueillie, avec un taux positif de 92,52%.

Nouveauté au menu des assemblées générales 2014, les actionnaires se sont prononcés sur le plafonnement à 200% du salaire fixe (au lieu de 100%) de la rémunération variable attribuée au titre de l’exercice 2014 aux dirigeants responsables et collaborateurs «preneurs de risques». Si cette nouvelle disposition européenne, contenue dans la directive CRD4 votée en juin 2013, est passée sans problème chez CASA, la Société Générale ou Natixis, elle a été plus contestée chez BNP Paribas. La quinzième résolution n’a ainsi attiré que 81,5% de voix favorables, reléguant la banque de la rue d’Antin derrière ses concurrentes. Le président de BNP Paribas, Baudouin Prot, avait pourtant vanté un mécanisme permettant «de recruter et de retenir les meilleurs collaborateurs visés par cette mesure» et de rivaliser avec les banques américaines et asiatiques.

En cas d'incapacité à réunir au moins deux tiers des suffrages en faveur de ce mécanisme, les bonus sont limités à 100% du fixe, prévoit la réglementation européenne. Outre-Manche, RBS avait renoncé à soumettre cette résolution à ses actionnaires, la banque nationalisée pressentant le refus de son actionnaire majoritaire public.

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