La fuite des capitaux fait vaciller le secteur bancaire ukrainien

le 27/02/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les banques locales ont perdu 7% de leurs dépôts la semaine dernière. La chute de la devise fragilise un secteur très exposé au risque de change

Un «run» menace les banques ukrainiennes. Durant la semaine du 17 février, marquée par les heurts sanglants qui ont conduit à la chute du président Viktor Ianoukovitch, le secteur a perdu l’équivalent de 7% de ses dépôts. Une estimation livrée hier par Stepan Koubiv, le député nommé lundi gouverneur de la banque centrale, dans un entretien à Bloomberg. Les retraits ont culminé à 30 milliards de hryvnias (2,1 milliards d’euros) entre le 18 et le 20 février, pour ralentir ensuite à Kiev et à l’ouest du pays, mais pas dans les régions frontalières avec la Russie.

Le gouverneur évalue aujourd’hui à 430 milliards de hryvnias les dépôts des banques. Les retraits avaient déjà représenté 2,3% des dépôts en janvier, puis 3% la première quinzaine de février, selon la presse locale.

La chute de la hryvnia ajoute aux difficultés du secteur. «La récente dépréciation de la devise correspond en gros au seuil de 10% mentionné dans le passé par les banquiers centraux comme le maximum tolérable pour les banques domestiques, lourdement exposées au risque de change», soulignaient les économistes de l’IIF (International Institute of Finance) dans une note publiée le 24 février. Depuis, la hryvnia a plongé de plus de 15% face au billet vert, à 10,40 pour un dollar.

Le taux de créances douteuses du secteur oscille, lui, entre 30% et 40%. La chute de la devise pourrait encore le faire grimper, car les emprunteurs sont aussi exposés à un risque de change: 34% des prêts au bilan des banques à fin 2013 sont encore libellés en devises étrangères, rappelle S&P. Le russe VTB a suspendu hier sa production de prêts dans le pays.

Les banques sont à leur tour largement endettées en devises. Selon Barclays, les banques domestiques auraient 4,3 milliards de dollars de dette à court terme à refinancer cette année et 7,6 milliards de tombées obligataires à rembourser d’ici à la fin de l’année.

«Beaucoup de banques, sinon toutes, auront besoin d’un soutien immédiat en liquidité et de capital additionnel dans les mois qui viennent», estime l’IIF. Stepan Koubiv a évoqué hier des «prêts de stabilisation» de la banque centrale à cinq établissements, pour éviter la fuite des capitaux.

Mais l’institut monétaire est lui-même affaibli. Ses réserves ont encore fondu à 15 milliards de dollars, contre 17,8 milliards fin janvier. Incapable de défendre sa monnaie, la banque centrale a annoncé hier l'adoption d'un régime de change flottant.

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