L'Europe se prépare à disséquer ses banques

le 22/10/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'EBA propose d'harmoniser la définition des créances douteuses. La BCE dévoilera demain sa méthode

L'EBA propose d'harmoniser la définition des créances douteuses. Photo: Elisabeth Blanchet

L’Europe rentre dans le vif du sujet en matière d’examen des bilans bancaires. Alors que la BCE doit dévoiler demain les critères de l’AQR (asset quality review) à laquelle elle soumettra les quelque 130 banques dont les actifs dépassent 30 milliards d’euros ou 20% du PIB de leur pays d’origine, l’Autorité bancaire européenne a tiré hier la première salve. L’EBA propose une définition commune des créances douteuses, une étape essentielle à la mise en place d’une supervision bancaire unique dans l’Union européenne hors Royaume-Uni.

La définition des prêts à problème diffère encore d’un pays à l’autre, ce qui brouille les comparaisons et alimente la défiance des investisseurs à l’égard du secteur bancaire européen. La Banque d’Italie, par exemple, est notoirement plus stricte en matière de classification des créances en prêts non performants, raison pour laquelle les prêteurs italiens affichent un taux d’encours douteux supérieur à celui de leurs concurrents européens et un taux de provisionnement inférieur. Le premier passerait de 15% à 10% et le second de 41% à 47% si les méthodes étaient harmonisées, selon des calculs de Deutsche Bank réalisés sur les comptes à fin 2012.

L’EBA propose des définitions pour les expositions non performantes et pour la pratique des moratoires (forbearance), dont certaines banques abusent comme un moyen de camoufler la détérioration de leurs actifs. Elles s’appliqueront à tous les prêts et titres de dette au bilan des banques, à l’exclusion de ceux détenus à des fins de trading.

Les encours seront classés dans la catégorie non performante dès lors qu’ils présentent un impayé de plus de 90 jours ou que la banque estime le débiteur dans l’incapacité de rembourser ses obligations sans mise en œuvre de garanties. L’autorité présente aussi des critères détaillés afin de qualifier les créances ayant fait l’objet de forbearance.

Ces propositions prennent la forme d’une recommandation adressée à la fois à la BCE, dans le cadre des travaux sur la supervision unique, et aux régulateurs nationaux. Ceux-ci devront mener leur propre examen de la qualité des actifs bancaires avant le 31 octobre 2014. Ils devront en transmettre les résultats préliminaires à l’EBA, qui s’appuiera dessus pour ses propres tests de résistance.

L’examen de la qualité des actifs bancaires que doit mener la BCE au premier semestre 2014 est considéré par les investisseurs comme la dernière chance de dissiper les doutes entourant le secteur bancaire européen, après les ratages des deux stress tests de l’EBA en 2010 et 2011. «Nous nous attendons à ce que l'AQR mette en lumière certains problèmes, mais avec un résultat globalement gérable», soulignaient les analystes actions de Deutsche Bank en septembre. Ceux-ci estiment à 39 milliards d’euros les besoins de provisionnement supplémentaires sur l’univers des 28 banques européennes cotées qu’ils suivent. La Banque centrale européenne s’est attaché les services d’Oliver Wyman pour passer au crible les segments jugés les plus problématiques, comme les prêts aux PME, le financement maritime (shipping) ou les portefeuilles d’immobilier commercial.

Lors du sommet européen prévu les 24 et 25 octobre, Mario Draghi, le président de la BCE, présentera aussi sa démarche aux chefs d’Etat et de gouvernement. Ceux-ci doivent encore s’entendre sur le financement du coût de la remise à flot des banques, autre volet indispensable à la crédibilité de l’exercice.

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